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Entretien avec Ludo d'Holophonics (Holophonics)

Holophonics s'adresse à toutes les personnes qui apprécient le metal à mi-chemin entre Tool et The Old Dead Tree, et c'est Ludo, le bassiste qui va se charger de vous faire découvrir le groupe.


Aletun : Aloa les gars. La bio sur votre site est assez succincte, faisant l’impasse notamment sur les débuts, vos motivations, bref l’historique du groupe, le pourquoi du nom ! Entrée en matière classique mais nécessaire...

Ludo : Comme dirait Dupontel : "Petit 2, l’historique". Donc en gros, on a commencé à monter le projet à deux, avec Mike, ça doit bientôt faire 3 ans, depuis le temps qu’on dit que ça fait 2... On a composé quelques titres sur ordi, histoire de voir si on arrivait à sortir quelque chose dans l'esthétique qu’on visait. Une fois qu’on avait un peu de matière, on a décidé de faire un site pour trouver un chanteur, et le reste de l’équipe. Et c’est là que Stef, retraité du rock français, a mordu à l’hameçon. Pour le nom, on en avait besoin à ce moment là justement, quand on a fait le site. Du coup, on ne savait pas trop si le chant allait être en anglais, en français, ou en croate... alors on a cherché un nom qui fonctionnait, peu importe la langue. C’est comme ça qu’on est tombés sur Holophonics. Y’a un petit coté "Gaulois du rock" non ?

A : Comment avez vous conclu avec votre actuel label ? Tout se passe bien ? Quel serait pour vous le must en matière de label actuel, du moins pour le type de musique que vous faites ? Que cherchez vous par le biais d’un label à part un soutien financier ? N’est-ce pas possible aujourd’hui de se débrouiller seul grâce à la technologie internet ?

L : Internet a énormément joué dans l’avancement du groupe. On a monté le projet grâce à ça ! Pour le label et le mangement c’est pareil, tout s’est fait par mail. En tout cas tout se passe bien de ce coté là. Thundering et M&O Office nous ont ouvert des portes qu’on n’aurait jamais réussi à ouvrir tout seuls, même avec la meilleure volonté et le meilleur ordinateur du monde. Pour ce qui est du soutien financier, c’est vrai que dans l’idéal, on aimerait avoir une aide pour financer l’enregistrement du deuxième album dans un studio digne de ce nom, mais ce n’est pas à l’ordre du jour...

A : Les retours de votre album ont l’air satisfaisants... Pourtant si vous deviez faire votre propre autocritique, quels seraient vos point faibles, ou d’autres choses à améliorer ?

L : C’est un premier album, donc forcément il y a des choses à améliorer, sur pas mal de points. Déjà, on trouve qu’il est trop long ! Sur les compos en elles-mêmes, on aurait peut-être du pousser un peu plus dans le carton. Stef doit bosser un peu sur son accent, même si pour une première expérience en anglais il s’en est pas trop mal tiré. Mais on ne se flagelle pas, on est super contents de cette première expérience ! On a déjà pas mal avancé les compos du deuxième en prenant acte des défauts du premier. Apparemment ça fonctionne plutôt bien... :)

A : Dites donc, la musique est hyper emphatique, assez mélancolique même par moment : vous voulez qu’on se flingue à l’écoute de l’album ?

L : On n’en demande pas tant ! C’est vrai que globalement, l’album ne respire pas la joie de vivre... Perso j’ai jamais aimé la musique joyeuse, je sais pas pourquoi. Je devrais consulter non ?

A : Pour faire jonction avec la question précédente, de quoi traitent les textes ? Qui s’en charge ? Le contenu compte seul, ou bien la musicalité des mots, les sonorités ont-elles une importance ?

L : C’est Mike (batterie) qui écrit. On essaye de concilier plusieurs choses : le texte doit coller au mieux avec la mélodie de voix posée (en yaourt) par Stef, et raconter une histoire sur un sujet qui nous touche. Les sonorités sont importantes, mais Mike fait aussi en sorte que les textes ne soient pas vides de sens. Mais tu ne les as pas lus ? :) (NdR : hélas je n’avais qu’une version promo, donc sans livret).

A : Puisqu’on parle de sentiments, que pensez-vous de ces groupes de doom ou de black désespérant de tristesse (feinte ou réelle) ; c’est pas très sain tout ça non ? Exposer ses sentiments est vraiment une catharsis efficace ou alors le moyen de s’enfoncer encore plus dans une spirale autodestructrice ?

L : Alors là tu me poses une colle ! C’est vrai que perso, j’ai parfois un peu l’impression que des groupes tombent dans la caricature, ou dans le folklore je sais pas. En tout cas on n’est pas dans ce délire là. On traite juste de thèmes qui nous touchent, de près ou de loin. Mais on ne dénonce pas. La plupart du temps ce sont des constatations. En fait dans les textes Holo, il y a plus de désillusion que d’engagement.

A : J’ai repêché ici et là des tonalités qu’on peut trouver chez The Old Dead Tree voire même Tool... vous confirmez ou infirmez ? Globalement marchez-vous sur les traces d’un groupe, vous raccrochez-vous à une scène spécifique ? Même si les étiquettes gonflent, comment définiriez-vous votre musique si vous aviez à donner l’eau à la bouche de nos lecteurs ?

L : Tool ! Oui ! Enfin... un peu. Parce que même si on adore ce groupe, on est à des années lumières d’avoir leur niveau et leur talent. Ils ont vraiment un univers à part. Si on doit mettre une étiquette sur Holo ? Je sais pas trop... New Rock peut-être ? Quand on composait les titres du premier album, on pensait souvent à Papa Roach, Muse, Linkin Park... Mais je ne suis pas sûr que ça mette l’eau à la bouche à vos lecteurs ! :) (NdR : Hum, oui, restons plutôt sur les influences que j’ai citées).

A : Comment se passe la composition ? Y’a-t-il un leader/compositeur qui tyrannise les autres ou bien est-ce un travail collectif ? Vous cherchez l’efficacité, à créer une ambiance, faire tomber les nénettes ?

L : Oui, il y a un tyran : c’est moi ! Enfin plus exactement deux, avec Mike. Il n’y a pas de compos collectives. Ça vient du fait qu’on a composé à deux au départ, en montant le projet. Du coup, un fonctionnement c’est mis en place, et comme on trouve que ça marche très bien comme ça, on continue. Pour ce qui est de faire tomber les "nénettes", on a bien essayé dans le temps en jouant du Cabrel au coin du feu, mais on a du se résigner...

A : La prod’ est canon, la basse est super bien mise en valeur, le batteur également... qui, pourquoi, où ? Satisfaits ? Avez-vous des sons références, studios ou artistes qui vous ont guidés dans vos choix ?

L : Alors pourquoi ? Peut être parce que les deux personnes qui sont à l’origine du projet sont le batteur et le bassiste. En tout cas, tout a été fait avec des bouts de ficelle dans notre pauvre local. Donc on est plutôt contents du résultat, même si c’est évidement à milles lieux des prods US. Pour les références de son, oui, on écoutait pas mal Papa Roach, Alter Bridge etc. pour essayer, en vain, de s’en rapprocher.

A : L’exercice musical peut-il être un moyen de propagande selon vous ? L’art est un medium efficace pour exposer ses idées quelles qu’elles soient, mais beaucoup prétendent que la musique, notamment metal, n’a pas vocation à être une tribune... Pourtant une musique dans laquelle on ne met pas ses convictions ne manque-t-elle pas de saveur ?

L : La réponse est contenue dans la question. Pour moi il n’y a rien de pire que la propagande. Qui pourrait, et surtout de quel droit, s’autoriser à diffuser la "bonne parole" ? Je n’attends pas ça de la musique. Les groupes engagés m’ont souvent fait vomir, à part les quelques fois où c’était fait de manière sincère, hors mode, et surtout pas donneuse de leçon (comme Midnight Oil par exemple). Les Trust et consorts me sortent par les yeux, les oreilles, et le reste. Et ne pas être engagé dans sa musique ne signifie pas ne pas avoir de convictions... Ça signifie peut-être seulement qu’on n’est pas sûrs sûrs de détenir la vérité, contrairement à d’autres.

A : La pochette est étrange : qu’est-ce qui est représenté ? Qui s’en est chargé ? Avez-vous une implication directe dans le visuel global (notamment le site) très épuré ?

L : C’est le tyran qui a été chargé, de force, de la réalisation graphique. Sur le visuel de la pochette, on peut y voir plusieurs choses, selon son humeur, ou sa vision de l’Homme sur terre. Enfin là, ça va un peu loin. En fait c’est une libellule écrasée.

A : Quelques concerts sont annoncés sur le site – projetez-vous une tournée française voire à l’étranger ? Quel type de public attirez-vous ?

L : On y travaille, on y travaille... On ne croule pas sous les dates, mais c’est vrai que c’est un peu rude en France pour le style. Quant au public qui nous suit, c’est assez marrant de voir que toutes les tranches d’âges sont représentées... Ça va de l’ado, à sa mère, qui venait juste pour accompagner son rejeton au concert et qui finit par nous acheter l’album. C’est souvent un reproche que nous font les puristes : notre musique est tout public. Mais même si c’est pas une volonté calculée, on en est plutôt fiers, finalement...

A : Wow ! Je viens de m’apercevoir qu’il y avait un clip sur votre site ! Par contre, j’ai pas vu beaucoup d’effets spéciaux ou de femmes nues. C’est quoi ce bordel ? À part vous filmer en train de jouer, y'aurait-il eu quelque chose de spécial que vous auriez voulu montrer pour "imager" votre zique ?

L : Dis donc ! Sois un peu moins dur avec notre vidéo amateur ! :) Ce clip, il a été fait avec un caméscope, à l’arrache, dans la grange au dessus du local ! Grange dans laquelle on a d’ailleurs enregistré l’album. Bien sur qu’on est preneurs pour bosser un peu plus profondément sur un vrai clip digne de ce nom... D’ailleurs si t’as des plans !?! :)

A : Après rapide tour d’horizon de vos fiches descriptives, je constate que vous restez aux franges les plus soft du metal... quel regard portez-vous sur les scènes plus extrêmes du metal (du thrash au black en passant par toutes les hardcoreries...) ?

L : Ces gens nous font peur... Il paraîtrait qu’ils font cuire les enfants dans des grandes gamelles en cuivre, noires bien entendu :) Non, c’est vrai qu’on se sent un peu éloigné de la mouvance extrême. On n’est vraiment pas dans cette esthétique là, surtout au niveau du chant. Par contre on admire le fait que le style perdure, se fout des modes, conserve ses codes, etc. Ça nous fait un peu penser à une famille, mais à laquelle on n’appartient pas.

A : Je parlais tout à l’heure avec un de mes clients sur les possibilités que tout puisse se casser la gueule dans un temps assez court compte tenu du contexte, ne serait-ce que financier... êtes-vous plus optimistes et vous battrez-vous de sorte que tout aille mieux, ou alors vous laisserez venir et aviserez... Dans ce contexte, l’un de vous au moins étant père, est-ce que donner la vie à des enfants est un cadeau dans une époque aussi incertaine, surtout qu’on rabâche à longueur de journée (lavage de cerveau médiatique) que la morale fout le camp aussi vite que les pôles fondent ?

L : Là tu mets le doigt sur une question philosophique qui risque de diviser le groupe... :) Je partage l’idée que l’avenir nous réserve, ou à nos enfants, de tristes surprises. C’est d’ailleurs sûrement pour ça que je n’en ai pas encore. Contrairement à pas mal de monde, je ne suis pas persuadé que donner la vie est le plus beau cadeau que l’on puisse faire. Ou alors à qui ? A soi-même ? C’est donc finalement un plaisir égoïste, parce que ce que vont devoir vivre nos enfants et les enfants de nos enfants me fait froid dans le dos. De toute manière, ma théorie c’est que l’Homme est un virus, une bactérie, ou je ne sais quoi, mais rien de bon. Sa place n’est pas ici, mais nulle part. Encourageant non ? Par contre que faire contre ça ? Je ne préfère pas y penser...

A : Le rock’n’roll et par extension le metal ont été des musiques subversives notamment envers la morale religieuse établie. Quelle est votre position vis-à-vis des religions établies ? Comment considérez vous les religions, et le fait qu’à une époque aussi rationnelle, ces croyances, que j’estime inadaptées, battent encore le pavé et que les gens soient toujours empêtrés plus dans la superstition que dans la spiritualité ?

L : Quiconque s’intéresserait un peu et objectivement à l’histoire des religions ne pourrait continuer à y croire. Ça c’est mon avis. Ce qui me gène le plus, ce n’est pas que des gens croient. Je peux comprendre que certaines personnes aient besoin de ça pour trouver l’équilibre. D’ailleurs il est possible, même plus que probable que nous fassions partie d’un ensemble dont nous ne soupçonnons pas l’envergure. Par contre, ce que je trouve dommage, c’est que pas mal de gens attendent quelque chose de leur croyance. Je ne sais quoi, le paradis, sept vierges... La croyance ce n’est pas ça. Elle se doit d’être gratuite, pure. A partir du moment ou on en attend quelque chose, elle devient le prétexte à marché, contrat, et révèle finalement une certaine lâcheté. Derrière de belles paroles, beaucoup attendent finalement leur propre salut, et non celui de leur prochain. L’Homme est un animal égoïste qui prend toute son ampleur dans la religion, et contrairement à ce qu’a dit un président de la République Française récemment, je pense que la religion n’est pas "le dernier rempart devant la folie des hommes", mais la folie des hommes, tout court.

A : Pfiou, ça m’a épuisé, et je compte bien vous laisser le dernier mot. A vous les studios !

L : C’est vrai que ça m’a fatigué aussi de réfléchir... La dernière fois c’était au bac de Philo ! Merci à toi, et tiens moi au courant pour ma note ! :) (NdR : bon allez, ça ira pour cette fois)

Posté le 09/05/2008 à 20h50 par Aletun

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