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Entretien avec Gabsk (Nihilistic Holocaust), Azmoth (Forgotten Wisdom Productions), Iormungand Thrazar (Those Opposed Records), Yamaël (Eisiger Mond Productions) et I.K.Master (Infernal Kommando Records) (Labels)

C'est une interview à plusieurs avec des acteurs que l'on entend peu : aussi est-elle épaisse ! En effet, les labels sont peu questionnés, pourtant ce sont des rouages majeurs dans la production de notre musique adorée : le metal extrême ! Sur huit structures contactées, cinq ont répondu présent (toutes sont françaises) : Nihilistic Holocaust (Gabsk en est le patron), Forgotten Wisdom Productions (Azmoth), Those Opposed Records (Iormungand Thrazar), Eisiger Mond Productions (Yamaël) et Infernal Kommando Records (IK Master). Osmose Productions et Battlesk'rs n'ont pas répondu à ma demande et Debemur Morti a décliné pour des raisons personnelles. Mes questions sont purement informatives : elles sont donc assez impersonnelles. Merci à tout le monde pour avoir bien voulu répondre à mes questions et avoir satisfait à ma curiosité ! Ce fut très intéressant !
(N.B : les réponses sont reproduites dans l'ordre de réception)


Guudrath : Hail ! Je me suis dit pour cette interview, que l'on ne parlait presque jamais des labels, que l'on ne s'y intéressait presque pas. La presse musicale et les auditeurs de metal extrême se concentrent essentiellement sur les groupes et leurs releases. Or les labels sont primordiaux ! Ils investissent l'argent que n'ont pas les groupes, font de la promo, etc. : à votre avis, pourquoi interroge-t-on peu les labels ?

Gabsk (Nihilistic Holocaust) : Peut-être car avec la dématérialisation de la musique, qu’avec l’utilisation massive de Mp3s, une bonne partie des auditeurs n’en ont plus rien à foutre ! Ca n’a pas toujours été le cas : avant l’utilisation massive d’Internet et le téléchargement à gogo, les labels avaient une position bien plus appréciée de la scène métal… Dans le contexte actuel, on aurait presque l’impression de faire chier le monde…

Azmoth (Forgotten Wisdom Productions) : Parce que d’une manière générale, les labels sont là pour faire du pognon, et ne sont pas des artistes. Il n’y a que dans l’Underground que les labels sont des entités ayant une philosophie qui ne rime pas forcément avec profit. Certains ont une vision globale qui leur amène un concept. D’autres fonctionnent en fonction de leur propre personnalité, et si elle est complexe, il est alors moins évident de comprendre les choix du label. Les fanzines interrogent peu les labels parce qu’ils ne font que copier leurs maîtres à penser : la presse musicale qui fonctionne avec des impératifs de rentabilité/publicité. Il est plus intéressant de promouvoir un groupe plus qu’un label, car sur un seul numéro, plusieurs groupes du label peuvent être interrogés. Le taux d’occupation d’espace est ainsi plus important. Ouvre Metallian et tu comprendras. Ceci dit, ces magazines commencent à interviewer les labels qui les rétribuent, les suiveurs feront pareil.

Iormungand Thrazar (Those Opposed Records) : Ca commence bien dis-moi… Il est possible que les auditeurs voient ça de manière trop sale, peut-être ne voient-ils que le côté « business » de la chose : investissement-rentabilité. Alors que finalement, pour des structures comme la mienne et comme celles qui sont interrogées ici, le « business » n’est certainement pas l’aspect le plus intéressant, que ce soit au niveau relationnel qu’au niveau rentabilité. Peut-être pensent-ils que nous sommes des musiciens ratés qui comblons notre vide existentiel par cette activité et peut-être même ont-ils raison hehe… Ou alors ils ont l’impression que nous sommes là simplement pour prendre leur monnaie, merci, au revoir, à la prochaine. Personnellement, je suis bien plus disponible et bavard que le simple échange d’argent, surtout quand la personne en face est entreprenante au niveau du dialogue et de l’échange. En revanche, je connais quelques personnes qui suivent attentivement ce que sort un label précis, tout simplement car leurs goûts correspondent bien aux sorties du label ciblé. Moi-même, je suis l’activité de certains labels dont j’apprécie les choix et les productions avec une grande attention. Donc je dirais, résultat contrasté finalement : peut-être en parle-t-on moins médiatiquement, mais ce qui compte à la fin, c’est la qualité de l’échange entre deux personnes, pas le fait qu’un label précis soit cible de toutes les louanges sur des forums de discussion. La majorité a-t-elle toujours raison ?

Yamaël (Eisiger Mond Productions) : Hail ! C’est vrai que les labels sont assez peu interviewés, les gens préfèrent je pense se concentrer d’avantage sur les groupes qu’ils soutiennent et en oublient peut-être des fois le travail réalisé aussi par les labels, enfin je suppose.

I.K.Master (Infernal Kommando Productions) : Hum, je pense que c’est un peu compréhensible…Ce qui intéresse les métalleux, ce sont les groupes et ça se comprend aisément. Les labels ne sont là que pour mettre en avant les groupes… Ce qui est primordial, c’est la musique. Le label a pour but de mettre en valeur la musique et les groupes, mais bon, c’est vrai que les labels font beaucoup de boulot et il faut souligner les qualités des personnes qui s’en occupent surtout quand il s’agit de labels underground où il n’y a pas de fric à gagner !!! La motivation est très importante. Voilà, mais bon, je pense que les labels qui font bien leur boulot sont aussi reconnus par les personnes qui achètent leurs prods et puis l’important c’est que les groupes dont vous sortez les prods soient satisfaits. C’est sûr que c’est toujours gratifiant de savoir que des personnes aiment ton boulot mais de mon côté je fais ce label pour mon plaisir personnel et pour « aider » les groupes / personnes que j’apprécie, le reste n’est pas très important.

G : Vous écoutez du metal depuis un certain temps j'imagine ?

Gab : Depuis que j’ai 14 ans, ce qui fait environ 13 ans. Je suis passé par le hard rock en cherchant dans les disques de mon père (Alice Cooper, Cactus, Led Zeppelin), puis par le métal via les magazines en kiosques (Sepultura, Slayer…) pour rapidement acheter des démos de groupes de Death métal archi inconnus ! Les flyers aidant, tu te faisais rapidement une liste de contacts sympas et tu découvrais plus de groupes et de fanzines avec chaque nouvelle enveloppe ! Depuis je continue de creuser des galeries dans ce qu’il reste du souterrain, en espérant qu’il ne s’effondre pas trop vite…

Az : Oui.

I.T : En fait, le cheminement s’est fait pas à pas. Quand j’étais en cinquième, j’écoutais pas mal de punk, de hardcore et de metal plus traditionnel on va dire avec des groupes comme The Exploited, Biohazard, Sick of it all ainsi que Metallica, Pantera, Slayer ou Iron Maiden. Mon frère bossait dans une radio locale, il animait une émission de musique de films, parfois je l’accompagnais pour faire une petite razzia dans la discothèque de la radio. C’était un bon moyen pour moi qui à l’époque n’avait pas forcément les moyens d’acheter tout ce qui me plaisait de faire quelques découvertes à moindre frais. Il n’y avait pas non plus internet, donc il était difficile d’être au courant de toutes les sorties ou d’écouter tous les groupes dont j’apercevais le nom ici et là. Une fois, au pif, j’ai ramené deux cds chez moi : Dusk In Her Embrace de Cradle of Filth et Suomi Finland Perkele d’Impaled Nazarene. J’ai écouté ces deux disques, j’ai fait stop, je me suis dit c’est quoi ce truc de dingue (surtout le Impaled mais même le Cradle, je trouvais ça bien glauque, moi qui écoutait plus des trucs directs et immédiats). J’étais encore trop frêle pour écouter ça, mes oreilles n’étaient pas habituées au son, j’ai subi un vrai choc. Et petit à petit, je me suis mis à aimer ça, si bien que j’ai découvert de nombreux autres disques par la suite, toujours grâce à l’intermédiaire de cette radio. Je me rappellerais toujours le jour où j’ai ramené chez moi le Storm of the Light’s Bane de Dissection qui depuis le temps est probablement le disque de metal extrême que j’ai le plus écouté dans ma vie. C’est arrivé une semaine avant que je parte au Pays de Galles pour deux mois, et je n’avais amené que ce disque. Pendant le voyage aller jusqu’à Cardiff, je l’ai enchaîné pratiquement sans m’arrêter (surtout que je ne connaissais absolument personne). Autant te dire qu’aujourd’hui encore, je le connais par cœur et c’est avec une émotion et une nostalgie non feintes que j’ai le plaisir de le réécouter de temps à autre. A partir de ce moment-là, j’avais découvert ma voie et je n’en démords pas aujourd’hui et pour très longtemps encore. La question ne se pose même pas tellement l’évidence est cristalline aujourd’hui.

Y : Oui, ça fait en effet un certain temps que je « navigue » dans l’univers du métal, depuis 15 ans pour être plus précis, aussi bien dans le métal extrême que dans le Thrash ou le Heavy.

I.K.M : Alors là, tout dépend de ce que tu entends par Métal, si ça comprend le bon vieux Hard Rock, ça fait un paquet d’années !!! J’ai commencé avec Trust, Iron Maiden, Motörhead… il y a plus de 15 ans maintenant. Ensuite je suis passé assez rapidement à Metallica, Slayer… puis au death et au black. Progression logique je pense. Enfin bref, j’en ai vus passer pas mal !!!

G : Comment va la santé du label en ce moment ? Vous avez connu des périodes creuses et des hausses ou est-ce constant ? On gagne sa vie avec un label ?

Gab : Attends que je me marre ! C’est de plus en plus n’importe quoi, à moins de sortir des CD hyper pros, de groupes vendeurs, ou de jouer le gentil teckel qui répond à toutes les questions insipides de branleurs qui de toutes façon n’en ont rien à foutre (j’exagère à peine lol), tu ne vendras pas grand chose… Les gens ne cherchent plus à découvrir, ou à soutenir ce qui n’est pas totalement pro (et n’a donc plus autant besoin de soutiens lol)… Tout ça pour dire que je ne sais pas ce que donneront les futures prods : je ne prévois rien pour l’instant, et je m’occupe déjà de faire circuler ce que j’ai débuté il y a 1 ou 2 ans… Gagner sa vie avec un label underground ? Faut pas rêver… A moins de faire compromis sur compromis, d’avoir le flair pour détecter les plans qui font mousser le compte bancaire, inutile d’y penser…

Az : La santé va bien. Pas vraiment de périodes creuses, si ce n’est quelques mois où il y a eu moins de commandes qu’escompté, mais c’est autant de temps gagné pour faire autre chose. Depuis plusieurs années, FWP est en phase de croissance, et à un moment il faut faire un choix. Rester à un certain niveau, ou passer un cap. Et je ne crois pas qu’on puisse gagner sa vie avec un label, à moins de sacrifier son existence ou son intégrité. Et même dans ce cas, la pérennité n’est pas garantie. Autant rester libre.

I.T : Mes comparses seront probablement plus à même de répondre que moi, qui n’ai réellement commencé qu’en août 2006. L’album d’Aufkrema, sur lequel on s’était mis d’accord en décembre 2005 étant repoussé puisque le batteur est parti en tournée longue durée à travers le monde avec un autre groupe, j’ai du prendre mon mal en patience (bien que je ne sois pas pressé de sortir un truc, mais vu qu’avec Aufkrema c’était réglé, j’avais très envie d’entendre le résultat) jusqu’à ce que je trouve le groupe adéquat pour démarrer l’histoire discographique de Those Opposed Records. Je suis satisfait du déroulement des évènements pour le Köld de Hypothermia, ça dépasse même mes espérances je dirais. Je savais que cela me prendrait du temps mais pas autant que ça finalement, ce qui est parfois difficile, étant donné que j’ai d’autres responsabilités à gérer. Mais je ne mets rien en attente, si une personne veut quelque chose par mon intermédiaire, elle l’aura, et j’essaie de faire en sorte que ça arrive le plus rapidement possible et dans les meilleures conditions possibles, que ce soit au niveau de l’interaction avec cette personne que de l’aspect transactionnel. Non, on ne gagne pas sa vie avec un label. Enfin, la question est biaisée selon l’interlocuteur que tu as en face de toi. Personnellement, je savais que ça n’allait pas être mon gagne-pain avant de commencer, ce n’est absolument pas le but, et de toute façon, il faudrait que je signe des groupes plus vendeurs pour que ça arrive un jour. Et étant donné mes goûts, je doute que ce jour soit proche. Ca ne me chagrine d’ailleurs aucunement. Le seul but est de tenter de ne pas se casser la gueule sur chaque sortie pour être capable d’enchaîner et de faire découvrir de nouveaux talents. Seul le temps dira si j’y parviendrai. Pas de compromis ou de choix par défaut ici, juste de la passion. Just old school hate.

Y : Eisiger Mond Productions se porte on va dire assez bien depuis sa création en janvier 2006, avec cependant une période plus calme entre novembre 2006 et janvier 2007 en raison de problèmes d’ordre matériel (plus de PC et plus de connexion web). Le label est de nouveau actif depuis la sortie de mes deux dernières prods fin janvier. Pour ma part j’ai créé Eisiger Mond par passion et c’est encore une petite structure qui ne permet absolument pas de gagner sa vie ; même si le label venait à se développer il ne me permettrait pas d’avoir des revenus suffisant pour vivre. Je travaille donc bien sûr à côté.

I.K.M : Je suis un peu mal placé pour répondre à cette question… Du côté de la « santé » du label, on peut dire que ça suit son cours tranquillement. J’ai un site internet (http://perso.orange.fr/infernal.kommando) depuis quelques temps et je sors de nouvelles prods régulièrement. Pour la question suivante, je vais répondre, non pas pour mon label Infernal Kommando mais pour mes différentes activités au sein de la scène ces dernières années : quand tu es plongé dans l’underground tous les jours, que tu fais un zine, que tu sors des prods, etc. etc. il y a un moment où tu as du mal à « digérer » tout ça et tu finis par en avoir un peu marre… Dans mon cas, je tenais aussi une boutique métal pendant deux ans donc je « bouffais » du métal presque jours et nuits. Il y a donc eu une période creuse où j’ai saturé… mais avec la « passion » on y revient vite. Bon, de mon côté je ne fais pas un label pour gagner du fric, le style de groupes/prods que je sors est loin de faire « vendre ». Il n’y a que très peu de labels, spécialement en France, dont les responsables peuvent vivre de leur activité et ces labels font leurs bénéfices grâce à leur VPC principalement.

LES DECISIONS

G : Quand et pourquoi décide-t-on de produire ? Comment s'y prend-on ? En termes de ressources financières et matérielles, ça doit chiffrer non ?

Gab : On décide de produire quand on est assez plongé dans l’underground, et qu’on s’aperçoit que des groupes bons, voire très bons, ne sont pas signés sur de plus gros labels pour différentes raisons… Certains groupes sont trop petits pour vendre correctement, n’ont pas fait beaucoup de promo, donc on se dit qu’en les boostant un bon coup ça permettrait de les faire passer au stade supérieur qui leur permettrait de trouver un label pour un premier album… Ca fonctionne parfois (et ça fait plaisir). Au niveau de l’investissement, tout dépend du type de format et des buts promotionnels… Si tu veux vraiment faire circuler tes prods, il faut une distribution correcte, ce qui sous-entend (à mon niveau) beaucoup d’échange avec l’étranger, et des envois promotionnels à buts chroniquatoires assez intensifs… Donc les frais de port font mal ! Il faut pouvoir assurer sur la longueur, ce qui n’est pas évident…

Az : Pour la première question, la réponse est évidente. Sinon se renseigner en école de commerce, puisque l’évidence ne pourra être comblée autrement que par la superficialité et le mercantilisme. Ca peut chiffrer niveau pognon, oui, après tout dépend des buts que l’on se fixe. Mais il est certain que si l’on n’a pas une thune dès le départ et une attitude de rapiat, l’argent deviendra un obstacle qui ne pourra pas être compensé par rien d’autre.

I.T : Disons que je pense qu’on peut faire quelque chose d’underground sans pour autant léser les auditeurs sur la qualité, aussi bien musicale que du produit fini. Or, j’ai parfois été déçu de ce côté-là, avec des productions aseptisées qui se ressemblent toutes, comme si on nous servait le même repas à chaque fois. C’est pourquoi, je me suis dit qu’il fallait que je prenne le taureau par les cornes et que je propose des groupes qui me tiennent à cœur, pour qui j’ai beaucoup d’estime et en qui je crois. Alors certes, il y a aussi bien une prolifération impressionnante de labels que de groupes dans le petit monde du Black Metal actuellement, ce n’est pas pour autant qu’on ne peut plus proposer quelque chose de bon à plusieurs niveaux et quelque chose qui détient une identité qui nous ressemble, qui nous est proche. Alors certains se diront que TOR n’est qu’un label de plus parmi la masse et que je propose moi aussi des trucs chiants et sans intérêt, soit, je ne suis pas là pour dicter ce que chacun doit écouter ou apprécier. La démarche est toute simple, tu tombes sur une démo ou un album que tu apprécies énormément, tu tentes de contacter l’artiste en question pour lui proposer de travailler avec toi. J’essaie dans la mesure du possible d’avoir des relations poussées et suivies avec l’artiste que je souhaite produire. Les sorties d’une fois ne sont absolument pas le but de Those Opposed Records. L’idéal est de suivre le groupe le plus longtemps possible ou en tout cas tant que je suis en mesure de lui proposer les conditions optimales pour la réalisation de son travail. Bien entendu, si le groupe a une meilleure offre ailleurs, de la part d’une plus grosse structure par exemple, je ne pourrais en aucun cas lui reprocher et j’en serais même quelque part un peu fier. Pour ce qui est des ressources financières, on se débrouille comme on peut j’imagine. Je me dis que si je propose quelque chose de qualité, il n’y a pas de raison finalement que d’autres personnes ne s’y retrouvent pas également. Disons qu’il y a aussi des manières de prendre des risques limités, mais on ne peut jamais réellement savoir avant de la produire si une œuvre va fonctionner comme on l’espérait avant sa réalisation.

Y : Je crois qu’après être passé par différent degrés d’implication dans la scène métal et black métal en particulier (forum, groupes, asso), l’évolution s’est faite naturellement avec le besoin d’aller encore un peu plus loin et de prendre une part plus importante d’investissement dans l’underground avec les années d’expérience diverses qu’il peut y avoir derrière. Le fait d’avoir moi-même effectué les démarches de recherche de label avec mes groupes m’aide beaucoup pour savoir ce que peuvent attendre les groupes. En terme de ressources financières et matérielles, cela demande bien sûr un certain investissement financier et une grande part de motivation.

I.K.M : Je crois que le fait de vouloir « produire » vient tout naturellement si on est accro à l’underground. On découvre des groupes et on a envie de sortir leurs prods et voilà. De mon côté j’ai commencé par des compilations… C'est pas vraiment difficile de sortir des prods, seulement au début on fait pas mal d’erreurs. Au fur et à mesure du temps on rectifie ces erreurs et on améliore ses sorties. Je pense qu’aujourd’hui je suis arrivé au résultat que je voulais même si j’ai encore des améliorations à apporter à tout ça. Pour moi il n’y a rien de compliqué, je contacte les groupes et si ils sont ok on y va. Certaines fois ça ne marche pas, les attentes des groupes ne coïncident pas avec ce que je peux leur apporter. D’autres fois les groupes n’ont pas du tout conscience de la réalité du milieu underground… Au niveau du label, le gros « chantier » que je veux absolument réaliser cette année est la sortie de un ou plusieurs CDs (pressage pro). Niveau financier, pour l’instant la sortie de mes productions en tape ne me coûtent pas énormément mais faut quand même avoir un peu de fric à investir… Te donner une indication chiffrée serait un peu inutile car tout dépend des prods que tu sors, du format, des artworks et surtout de la promo que tu fais. Le plus cher est le fric que tu dépenses en frais de port... Ca chiffre rapidement. De mon côté je fais beaucoup de trade avec l’étranger notamment et donc le fric passe là-dedans.

G : Que vous dites-vous avant et après s'être lancé : « Je ne devrais pas, il y a tellement de labels de metal » ou « J'ai bien fait ». Qu'est-ce qui justifie vos choix ?

Gab : Je n’ai pas décidé du jour au lendemain de créer un label… Ca s’est fait par échelon : d’abord le webzine, après des compiles pour soutenir des groupes qui me plaisaient, puis les échanges assez fournis m’ont forcé à faire une distro… Puis la « professionalisation » de l’ensemble m’a mené à sortir des prods plus sérieuses… Des questions c’est certain qu’on s’en pose un paquet, à beaucoup de niveaux, il y a pas mal d’enjeux et de risques, de peur que ça n’intéresse pas grand monde, que c’est quasi inévitable… A mon niveau, il n’y a pas beaucoup de labels underground ciblés death métal en France, donc je ne rencontre pas cette impression de surpopulation mais d’un autre côté le Death Metal vend beaucoup moins que le Black Métal (au niveau démos, on se comprend), donc ça ne change rien au problème… Les justifications et motivations évoluent au fur et à mesure que le labels évolue et que tu t’adaptes…

Az : Que l’on soit satisfait ou que l’on regrette un choix, la seule chose qui soit certaine est que la situation entre avant et après a changé. Ne rien faire permet à cette situation de rester telle, avant et après. Et « avant et après » est faux, car cela dépend du changement. Si pas de changement, alors il n’y a qu’un « pendant ». Et pourquoi faut il toujours comparer avec ce qui existe, et pas avec ce qui n’existe pas ? Les choix peuvent être justifiés par plusieurs critères, il est important de les entrecroiser avant de prendre une décision.

I.T : Aujourd’hui, je te dis sans hésitation que j’ai bien fait et que c’est loin d’être fini. Comme je le disais précédemment, on peut se dire en effet qu’il y a trop de labels aujourd’hui, si c’est vraiment le cas, seuls les meilleurs survivront j’imagine. Cependant, il faut de toute façon faire une distinction entre les différentes structures qui n’ont pas les mêmes moyens ni les mêmes finalités. Pour mes choix, je pense y répondre de manière plus étoffée à la question 7 .

Y : La seule chose que je me suis dit c’est « Tu veux créer ton label, et bien crée-le » et ça peu importe le nombre de labels déjà existant. Du moment que l’on fait un travail de qualité et que l’on se donne à fond dans ce que l’on fait les gens s’y retrouvent toujours. Je dirais pour ma part que la vraie part de réflexion vraiment importante a été le côté financier, car c’est parfois difficile de joindre les 2 bouts.

I.K.M : Je ne pense pas à ça. C’est vrai qu’il y a de plus en plus de labels et qu’à mon avis certains ne sont pas créés pour les bonnes raisons. Mais, ça ne regarde que ceux qui sont responsables de ces labels. Si on parle de labels underground il y a de la place pour tout le monde. Maintenant s’agissant des « gros » labels, ça devient un peu du n’importe quoi au niveau des sorties qui sont de plus en plus stéréotypées et qui n’ont pour but que de faire du fric en usant des mêmes ficelles encore et encore. On sort un gros groupe, on fait une grosse promo et ensuite on sort des clones encore et encore. Mais ça n’a rien à voir avec Infernal Kommando Records… Au niveau de mes choix, je ne me prends pas la tête à savoir si ça va « marcher » ou pas !!! Quand j’entends un groupe qui me plaît et qui est susceptible de sortir une prod' chez moi (j’adore beaucoup de groupes mais il faut être réaliste et savoir ce qu’on peut sortir ou pas, je ne vais pas contacter un groupe déjà reconnu et ayant sorti plusieurs albums pour lui demander de sortir une démo sur mon label !!!), je le contacte et voilà. Par contre c’est vrai que je voudrais sortir des albums de groupes un peu plus connus (français d’ailleurs) en version tape. Faut que je me penche sur le problème…

G : Comment ne se casse-t-on pas la gueule ?

Gab : Je ne pourrais pas te répondre, car dans le contexte actuel (le milieu change beaucoup, et il continue…), je n’en sais rien… Je me contente de continuer ce qui est en route, en faisant des paquets pour des potes et habitués… Pour la suite on verra…

Az : En gardant la tête froide face à la situation. Un chien qui remue la queue n’a pas forcément envie d’être caressé. D’un autre côté, et plus prosaïquement, avoir un label et surtout une distro nécessite d’être sérieux dans sa gestion.

I.T : Aujourd’hui, pour un pressage en CD pro, il n’y pas besoin de vingt mille francs non plus (je parle toujours en francs, je suis vraiment réac’). Alors certes, ce n’est pas à la portée de toutes les bourses, il y a quelques temps d’ailleurs je n’aurais pas été capable financièrement d’assurer seul les coûts de production d’un CD pro. En termes artistiques, je crois qu’il faut suivre son instinct et avec les années passées à écouter de nombreux disques, on se forge une oreille particulière qui sait reconnaître ce qui est bon de ce qui ne l’est pas. Bien entendu, comme je le disais précédemment, il est difficile d’anticiper la réaction des auditeurs, c’est encore plus vrai pour un groupe dont la première œuvre paraît. Pour ne pas se casser la gueule financièrement, très logiquement, il faut dans la mesure du possible ne pas avoir les yeux plus gros que le ventre. Personnellement, je n’ai pas les moyens d’assurer une dizaine de sorties à l’année, d’ailleurs n’est-ce pas déjà trop ? Alors certes, de grosses interrogations se posent sur le planning mais il est certain que je préfère voir tout ça sur le long terme. Par exemple, les sorties de 2007 sont déjà toutes prévues, et deux sorties pour 2008 également, enfin, si je suis toujours là bien entendu.

Y : La création d’un label implique comme tu t’en doutes un investissement financier certain, le tout est donc d’être un minimum (même un maximum) motivé et passionné par ce que l’on fait. Mais cela ne fait pas tout, il faut je dirais être judicieux dans le choix de ses prods et peut-être ne pas être trop ambitieux dans le nombre de groupes que l’on signe, la qualité primant sur la quantité je dirais. Après il faut une grande part d’investissement personnel pour faire découvrir des nouveaux groupes de qualité, français ou étrangers.

I.K.M : Là encore ça ne me concerne pas trop. Je n’ai pas vraiment investi beaucoup d’argent donc je peux difficilement me « casser la gueule ». Par contre je pense que pour certains labels ça peut arriver facilement si on n’est pas conscient des réalités du « marché ». Je connais certains labels qui ont sorti des albums de groupes français (death / thrash) qu’ils aimaient et qui se sont retrouvé avec la plus grosse partie de leur stock qui leur sont restés sur les bras. Faut savoir ce que tu veux, soit tu fais un label pour toi et alors là pas de soucis, tu claques du fric sans attendre vraiment de retombées, soit tu fais un label et tu souhaites le développer et devenir « pro », alors là tu dois faire gaffe à ce que tu fais. Il y a beaucoup de facteurs qui entrent en jeu. Tu dois faire gaffe à tout, le nom du groupe, l’artwork, la prod', si le style du groupe est « tendance » ou pas, etc. Par exemple, aujourd’hui le black est plus facile à vendre que du death ou du thrash, spécialement si c’est un groupe français. Bref, je préfère rester en dehors de tout ça même si j’ai pour ambition de développer le label.

G : Que doit faire un groupe pour que vous le produisiez ? Sur quels critères décidez-vous de prendre en main telle production ?

Gab : Le groupe doit non seulement me plaire, mais je doit être également convaincu qu’il puisse plaire à un nombre assez important de fans de Death Metal… J’ai pu sortir sur pas mal de prods des groupes ayant quasiment le niveau d’un album, mais qui n’avaient pas de label pour différentes raisons, donc les choix restaient assez « faciles »… Quoique je me torturais régulièrement le crâne afin de savoir si le groupe me plairait encore 1 ou 2 ans plus tard (c’est primordial, comme j’imprime beaucoup plus de 200 jaquettes, j’en ai en général pour 2 ans…).

Az : Le groupe doit produire une musique qui me parle, je crois que c’est assez évident. L’intérêt jouera alors sur la décision de proposer quelque chose.

I.T : Il doit m’offrir des filles lascives jusqu’à plus soif et ne rien attendre en retour, ni argent, ni exemplaires produits. Trêve de mauvaise plaisanterie, je marche au coup de cœur à tous les coups. Par exemple, un groupe comme NKVD ne rentrait absolument pas dans le planning des sorties, mais quand j’ai entendu le matériel complet, je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose (NdG : j'aurais fais de même !). Bien entendu, il faut que le groupe soit bon à mes yeux mais également qu’il développe des thèmes qui m’intéressent et que je ne trouve pas totalement abscons. Ensuite, le relationnel rentre forcément en compte. Si le groupe que je veux sur mon label n’en a rien à battre et choisi TOR par défaut, ça ne m’intéresse pas. J’aime sentir un réel intérêt de la part des groupes que je souhaite avoir chez TOR, et donc une certaine continuité dans le futur. Ensuite, avec la capacité financière restreinte dont je dispose actuellement, je ne peux pas payer un studio pro pour qu’un groupe y enregistre. D’ailleurs, on fait de très belles choses dans un home studio de nos jours, et beaucoup de disques que j’écoute sont produits de cette manière. L’album d’Hypothermia, le mini cd de NKVD ou l’album d’Aufkrema en sont des preuves flagrantes. Il y a donc des choses que je ne peux pas offrir à certains groupes et qui, de facto, ne paraissent pas sur le label.

Y : Cela paraît évident mais il doit proposer une musique de qualité, qui tant à se démarquer du nombre important de groupes déjà existant. J’apprécie fortement que les groupes qui me démarche aient d’emblée une démarche sérieuse et professionnelle en envoyant un pack promo bien construit avec bio, photo et CD-R avec éventuellement une ébauche de la cover, cela montre déjà que le groupe est impliqué dans son projet. Après je fonctionne beaucoup au « coup de cœur ».

I.K.M : Pour sortir une prod' sur mon label, un groupe n’a rien à faire de spécial. Il suffit qu’il m’envoie sa prod' et si ça me branche on est parti. Le seul et unique critère de mon choix c’est que la musique du groupe me plaise et surtout que sa démarche corresponde à la mienne… La mentalité et l’état d’esprit sont primordiaux. Le plus souvent c’est moi qui fais la démarche de contacter les groupes. Je pense que si vous allez faire un tour sur le site et que vous regardez les productions que j’ai déjà sorties, vous comprendrez vite quels types de groupes je recherche…

G : Comment décidez-vous du nombre de copies et du support de la production ?

Gab : Au début, je faisais le nombre de copies au fur et à mesure (faisant des photocopies ça restait facile), par la suite j’ai décidé de faire la maximum absorbable par l’underground : impression de 3000 jaquettes pros ! On envoie la totale et on tartine les galeries jusqu’à épuisement !

Az : Cela dépend de la demande du groupe, de la qualité, la durée de l’enregistrement, et de la jeunesse ou de la maturité du groupe. Je n’offrirai pas un LP ou un digipack à un one man band qui m’envoie sa première démo après 2 mois de connaissance de la scène, et le tout enregistré sur ordi, avec des samples. D’ailleurs je n’offre même pas le début d’une réponse à ce genre de groupe.

I.T : Pour ce qui est du support, je me concentre actuellement sur deux formats : la cassette et le CD pro. Je n’ai pas les moyens financiers pour assurer une production vinyle, peut-être dans le futur. Pour ce qui est du nombre de copies, je crois qu’il faut déjà s’en entretenir avec le groupe lui-même puis bien sûr regarder l’expérience qu’a déjà le groupe. Par exemple pour un groupe comme Hypothermia, qui avait plusieurs sorties au compteur et qui a plusieurs albums enregistrés à des dates différentes qui paraissent plus ou moins coup sur coup, si j’avais fait un nombre de copies restreint, aujourd’hui l’album serait épuisé, ce qui au bout de deux mois serait très con, tu me l’accordes. De toute façon, en ce qui concerne Those Opposed Records, le nombre d’exemplaires n’est pas communiqué car ça ne détient finalement que peu d’importance. Ce n’est absolument pas un argument de vente.

Y : Je dirais que tout dépend de mon engouement pour le groupe et sa musique, et, point non négligeable, de mes finances du moment hé hé… Je ne suis pas forcément pour sortir directement un album pour un groupe qui démarre et sort de nulle part, je trouve plus logique qu’il se fasse d’abord connaître par le biais d’une bonne démo bien ficelée. Après il est vrai que certains groupes proposent des produits vraiment aboutis et déjà bien mâtures pour un 1er jet, je pense par exemple à un groupe comme Xeohl qui dès sa 1ère réalisation a proposé quelque chose de très pro. Je regrette de n’avoir pu sortir Un Genre de Noir en CD pro.

I.K.M : Toutes les tapes que j’ai sorties sont limitées à 250 copies. C’est mon expérience personnelle qui m’a conduit à ce chiffre. Il est en adéquation avec mes capacités de distribution. Cela peut paraître un peu faible à certains mais je pense que cela convient parfaitement à ce genre de prods. Je pourrais en sortir plus et en filer « gratos » à un maximum de distros mais dans la plupart des cas les prods (ou les masters + jaquettes) resteraient dans les stocks des mecs et ne circuleraient pas… Si tu arrives à trouver 250 mecs intéressés par ces prods, tu auras fais un sacré boulot, je peux te le dire !!! Pour le support, j’ai décidé de sortir des tapes car ça convenait bien au styles de mes sorties et en plus ça me permettait de sortir des démos existantes sur CD-R sous ce format. C’est un format que j’aime bien mais je ne crache pas non plus sur le format CD-R.

G : Etes-vous spécialisés ou se pourrait-il un jour que nous vous voyions produire autre chose de plus exotiques (du zouk, du blues, du rap ahahah) ?

Gab : A la base je suis spécialisé Death Metal… Par la suite j’ai sorti un peu de Grind et de Thrash Metal… Mais bon, le tout n’est pas de vouloir s’écarter des styles définis à la base, il faudrait encore pouvoir faire circuler ces prods aux styles décalés : en effet au fur et à mesure de l’existence de ton label, tu te fais une collection de contacts assez ciblés sur un style, d’autres labels et distros qui peuvent faire circuler certains styles assez précis… Donc si tu sors un trucs trop éloigné, tu risques d’avoir quelques problèmes pour faire circuler…

Az : En dehors du Metal, non, et même si j’aime d’autres styles, je ne vois pas en quoi cela pourrait aider un groupe si je sortais quelque chose de non Metal à un public Metal, frileux par définition. A quoi ça sert de sortir un CD d’un groupe dont personne ne voudra, et quand les fans du style en question n’auront pas connaissance de mon existence ? Ca va aider le groupe ça ?

I.T : Le label a bien sûr un intérêt tout particulier pour le Black Metal, il n’y a qu’à voir le planning des sorties et les albums en distribution pour s’en rendre compte. Il n’est pas dit dans le futur avec les bonnes choses que j’entends en Death Metal actuellement que TOR ne s’y intéresse pas de plus près. Quelques groupes de Folk me séduisent également tout particulièrement, seulement le groupe que j’aimerais produire dans ce style est déjà signé chez un autre label. Si un groupe me plaît énormément et qu’il ne rentre pas dans la classification Black Metal, ça ne me pose aucun problème, même si bien entendu, je suis d’emblée attiré vers ce genre du fait de mes goûts personnels. A part du Black Metal, du Death Metal (pas de Brutal Death), du Folk, ou de la musique étrange, aucun autre style ne sera produit par TOR, sauf crise mystique.

Y : Eisiger Mond Productions est principalement orienté Black Metal mais est également ouvert aux musiques rituel / ambient et au Death Metal. Pour le zouk en revanche je crois que ça va pas être possible…

I.K.M : On ne peut pas vraiment dire que je suis « spécialisé » dans un style unique car je sors aussi bien du black, du dark ambient, du ritual, de l’occult noise... et je suis tout à fait ok pour sortir du death, du thrash… comme je l’ai déjà dit, ce qui importe c’est l’état d’esprit du groupe. Evidemment si je sors du death, il faut que celui-ci soit old-school et bien sombre, idem pour le thrash. Pas question de sortir un disque de « death » ou de « thrash » qui ne mérite pas vraiment cette appellation. A vrai dire tout ce qui est « new-school » me fait vraiment chier. Le son « moderne » ne me plaît pas (au niveau métal je parle). Tiens, en passant, juste un petit mot là-dessus : aujourd’hui beaucoup de groupes croient qu’avoir un « gros » son fait tout mais ils sont complètement à côté de la plaque !!! Prenons le death par exemple, ce style doit avoir un son bien particulier, bien morbide, sombre comme celui que les groupes du début avaient (Death, Morbid Angel, Morgoth...) et tous les jeunes groupes ont beau avoir un super son, ils n’ont pas le feeling... Les groupes d’aujourd’hui misent trop sur le son (la faute à la scène qui les poussent) et en oublient le principal…

G : Vous auto-produisez-vous ? Ou vous préférez que d'autres investissent dans vos projets que vous-même ? Dans ce cas, pourquoi ?

Gab : Oui et non, j’ai sorti des démos de mon projet indus électro Glaukom Synod, mais pas via Nihilistic Holocaust… Ca ne change quasiment rien, à part que c’est bien séparé de Nihilistic… Je trouve que c’est quand même plus facile de bosser sur une prod' quand tu en es bien détaché, ça te permets de continuer à bourriner sur les trades ou la promo sans être vraiment influencé par tes états âmes quant aux retours chroniquatoires… Et comme tu as un avis plus objectif sur la musique d’un autre, peut-être que tu doutes moins quant au fait de bien tartiner les recoins du souterrain… D’un autre côté, il faut faire un minimum confiance en un autre label et être sûr qu’il fasse son travail correctement… Pour conclure, je suis partagé.

Az : Je ne comprends pas cette question. Je n’ai pas de groupe, ça ne doit donc pas s’adresser à moi.

I.T : Les productions de TOR sont assurées à tous les niveaux par ma modeste personne et je ne souhaite pas que quelqu’un fourre son nez dedans, même si une co-production intéressante n’est jamais à écarter. Tout ça pour une seule et bonne raison : pas de compromis. Si tu fais rentrer une personne dans ton aventure, tu devras forcément en faire, que ce soit au niveau des groupes à produire ou des groupes à distribuer. C’est déjà assez difficile parfois de choisir seul, alors à deux, je ne préfère même pas y penser. Puis financièrement, ça poserait de gros problèmes de comptabilité. Je préfère largement gérer tous les aspects seul.

Y : Je suis seul au sein d’Eisiger Mond et suis donc seul à investir dans mes productions. Aucune co-productions n’est prévue pour l’instant.

I.K.M : Non, je ne m’autoproduis pas… mais si un jour je veux sortir une prod' c’est sûr que je le ferai, tout du moins au début. Par contre si ensuite quelqu’un te propose de t’aider, il faut étudier sa proposition. L’autoproduction a des avantages et des inconvénients. Ca te permet d’être plus libre et de maîtriser tout de A à Z. Mais bon si un label avec plus de moyens peut te filer un coup de main, pourquoi pas ? La seule chose c’est que ce label ait la même vision que toi.

LES GROUPES

G : On parle toujours de « tel groupe a signé chez » : mais signe-t-on vraiment un papier ? Les lois entrent-elles dans le processus de production ? Ou n'est-ce qu'un accord moral et tacite ?

Gab : Tout dépend du label… Au niveau d’un album, il y a généralement un contrat, quoique ce n’est pas toujours le cas… A mon niveau il n’y a jamais eu de contrat… Ca serait assez inutile comme je n’ai sorti que des tapes, CD-R, et que les éventuels « bénéfices » étaient systématiquement réinvestis à la poste…

Az : C’est une expression, oui. Un papier « légal » peut entrer en question quand il est question d’argent investi d’une part ou de l’autre. Sinon, les groupes qui demandent un contrat pour une démo à 300 copies sont des cons. Entre gens honnêtes, une bonne poignée de main suffit.

I.T : Les labels underground fonctionnent généralement sans document signé. Faut arrêter de déconner, on va pas se mettre à faire nos starlettes. La raison d’existence des contrats dans le monde mainstream des paillettes est qu’il y a une partie qui essaie de baiser l’autre, de plus ça fait du boulot pour les avocats (dont, il faut bien le dire, aucune personne normalement constituée ne comprend le charabia), comme ça tout le monde est content. TOR fonctionne sans contrat ou connerie de ce genre, j’imagine que beaucoup d’autres labels underground font de même. De toute façon, il se passe un laps de temps assez suffisant entre le premier contact avec un groupe et la décision éventuelle de travailler ensemble pour que tout n’aille pas trop vite. Si ce sont des gros cons ou des rip-off, je pense que je l’aurais remarqué avant. L’inverse est d’ailleurs vrai, c’est le même procédé pour les groupes à l’égard des labels j’imagine.

Y : Pour tout ce qui est production de CD pro, un contrat est fait systématiquement, après pour des prods au format CD-R, je ne fais pas toujours de contrat par exemple, je le fais uniquement si le groupe le demande sinon c’est plus comme tu dis un accord moral et tacite.

I.K.M : En ce qui me concerne il n’y a pas besoin d’une quelconque signature mais encore une fois il ne s’agit que de mon cas personnel. Mon label est vraiment underground, il n’y a pas d’argent en jeu… Encore une fois, c’est totalement différent dans le cas d’un label « pro »… Je pense qu’un contrat est nécessaire pour les groupes « reconnus » et puis il y a quand même quelques labels pas très sérieux aussi. Il y a aussi des groupes qui ne savent pas trop ce qu’ils veulent, ça arrive. Ils te donnent leur accord et puis après la sortie ils reviennent sur ce qu’ils ont dit… Bref pour moi il n’y en a pas besoin, il s’agit d’un accord tacite et surtout la sortie d’une prod' est pour moi une preuve de confiance en soi.

G : Quelle place laissez-vous aux groupes ? Font-ils tout ce qu'ils désirent ou exigez-vous d'eux quelques efforts avant d'être produits ?

Gab : Ils font ce qu’ils veulent, tant qu’ils répondent aux interviews assez rapidement (pas toujours le cas) et qu’ils ne me chient pas dessus dans les interviews (AhAh !).

Az : Le label est là pour aider le groupe, car ce qui restera, c’est la musique. Et comme nous sommes dans l’Underground, le groupe peut garder sa liberté, c’est cette liberté qui plaît et qui donne envie de travailler avec. Maintenant, si le groupe manque de recul ou n’est pas concerné, le label peut être en mesure de conseiller, ou d’imposer une nouvelle réflexion concernant un artwork, des photos, une politique de diffusion… Mais si le nombre d’efforts demandés au groupe est trop important, pourquoi s’emmerder ? What’s best in life ?

I.T : La liberté des groupes chez TOR est totale. Pas de date de sortie, pas de changement d’artwork. Ils peuvent faire ce qu’ils veulent, bien entendu, dans un genre musical précis, je veux dire si je souhaite produire un disque de Black Metal et que j’ai montré un intérêt pour un groupe en tant que tel, je ne veux pas d’un groupe qui a découvert le LSD et se mette à la Hard Tek par la suite. Je n’ai pas encore eu la joie de dire à un groupe avec qui je dois travailler que son nouvel album c’est vraiment de la merde et je crois que je choisis les groupes qui m’intéressent avec suffisamment d’attention pour que ça n’arrive pas.

Y : Je laisse une grande marge de manœuvre aux groupes que je produis, mais il faut bien sûr que le tout me plaise également, si une cover réalisée par le groupe ne me conviens pas, je peux être amener à demander qu’elle soit modifiée par exemple.

I.K.M : Si je demande à un groupe de sortir une de ces prods, je lui laisse une liberté totale au niveau de la musique. Je n’interviens pas dans le domaine musical et la production. Pour ce qui est du reste et en particulier en ce qui concerne l’artwork, dans la plupart des cas je m’en occupe mais si le groupe a des attentes particulières on en parle et on voit ensemble. Cependant je reste le seul décideur.

G : Comment découvrez-vous de nouveaux groupes ? Myspace vous aide-t-il ou pas ?

Gab : Je ne découvre plus, je me fais envahir de groupes de merde soit disant Death metal sur Myspace… Je n’entends que du core à 2 francs, ou des trucs ou les mecs bourrés tapent sur des bidons de lessives… Myspace est utile, mais il faut savoir s’en servir, et il y a un côté « Myfriend » qui me pompe assez : à quoi bon être dans la friendlist de milliers de groupes si on ne peut pas communiquer avec ?

Az : Quand j’ai commencé le label, ou même quand j’ai commencé à m’intéresser à l’Underground, Myspace et les mp3s n’existaient pas. Cela veut-il dire qu’on ne pouvait pas découvrir d’autres groupes ? Quant à Myspace, c’est dangereux car c’est un vecteur de plus aux faux groupes pour se hisser à (ce qu’ils croient être) la hauteur des vrais groupes, et leur faire croire qu’ils sont déjà arrivés, quand ils ont à peine commencé.

I.T : Je découvre des nouveaux groupes en mettant en place un système de veille systématisée très poussé. Non, je déconne. J’essaie bien entendu dans la mesure du possible de me tenir au courant de ce qui se passe et de découvrir un maximum de nouveaux groupes, que ce soit par l’intermédiaire de l’achat de démos, de disques mais aussi par Internet bien entendu. Je ne signerai pas un groupe grâce à sa page Myspace bien entendu, par contre, il faut reconnaître que c’est un bon moyen de promotion. Par exemple, j’ai vu pour la première fois la mention de NKVD sur un forum de discussion et le seul moyen d’écouter le matériel du groupe était Myspace. J’ai trouvé ça tellement bon que j’ai demandé à écouter ça de manière plus complète et surtout plus convenable. Ca peut être une bonne amorce mais en aucun cas un groupe ne travaillera avec TOR grâce à son Myspace uniquement. J’ai un matériel sono dont je suis totalement satisfait, ce n’est pas pour écouter des morceaux sur mon ordinateur archaïque (j’en suis moins satisfait de celui-là, qui d’ailleurs rame comme jamais sur les pages Myspace) et ses enceintes trouées.

Y : La découverte se fait via les promos que je reçois mais aussi et surtout par une recherche intensive sur Internet, et Myspace peut en effet être utile à ce niveau pour découvrir de nouveaux groupes.

I.K.M : Comment je découvre de nouveaux groupes ? Et bien je fais beaucoup de trade et de ce fait je reçois un maximum de prods… d’innombrables groupes à découvrir donc !!! Je fais de temps en temps un petit tour sur certains websites et j’écoute quelques trucs par-ci par-là mais pour l’essentiel il s’agit de prods que je reçois en trade. Myspace est un truc assez sympa mais encore une fois je ne vais pas beaucoup sur internet hormis pour lire et envoyer mes e-mails.

G : Combien de temps cela prend-t-il une production ? De la réception du master jusqu'à sa mise sur le marché ?

Gab : Je n’ai jamais quantifié, je faisais tout moi-même avec les moyens du bord… En général ça prend pas mal de temps, surtout quand tu bosses… Donc c’est préférable de préparer une prod' durant des périodes de vacances ou de chômage, afin de bien voir la chose sous tous les angles sans rien oublier ! (Par exemple pour le mastering d’un split avec 3-4 groupes, faire des essais sur plusieurs chaînes Hi-Fi, car le son ne rend pas de la même façon d’un matériel à l’autre…).

Az : Tout dépend des conditions. Cela peut être très rapide quand le groupe est prêt, l’artwork prêt et qu’il n’y a plus qu’à presser, mais ça peut être beaucoup plus long quand la décision de produire est prise avant que l’album ne soit enregistré. Chacun fait à son rythme, ce qui peut provoquer des frustrations des deux côtés.

I.T : C’est très simple et plutôt rapide. Ca l’est encore plus quand on travaille avec un groupe qui sait se servir d’un ordinateur. On reçoit le master (le CD audio et aussi la partie artwork si c’est le groupe qui s’en est occupé), on vérifie que tout est bon (le groupe l’a bien entendu déjà fait, mais une deuxième vérification n’est jamais superflue), on envoie ça à l’usine, et un mois plus tard généralement, c’est tout bon.

Y : Tout dépend de mes finances et de mon planning de sorties, cela peut aller de 2 à 3 mois voire 6 mois d’attente en de plus rares occasions.

I.K.M : Tout dépend, il n’y a pas de règle préétablie. Ca peut aller très vite ou ça peut traîner en longueur, et ce pour plusieurs raisons : la première c’est le temps que le groupe met à m’envoyer son master, la deuxième c’est le temps que je mets à faire l’artwork et la troisième c’est le temps que l’imprimeur met à faire son boulot !!! Donc ça fait beaucoup de choses à maîtriser… Mais en général j’essaie de faire assez vite… Encore une fois il ne s’agit que de tape donc ce n’est pas comme si tu sors un CD pro.

G : Quels groupes rêvez-vous de produire ? Lesquels rêviez-vous de produire et que vous avez produits ? Que ressent-on alors ? Quels sont ceux que vous ne produirez jamais ?

Gab : A ce niveau j'arrête de rêver, un label c’est trop la merde…

Az : Il y a plus de groupes que je rêve de produire que je ne signerai jamais, du fait de leur statut. Mais c’est important de rêver. Quand un groupe dont on rêve de voir accoler son logo accepte, c’est une jouissance, indéniablement, et elle peut être égoïste, car on ne satisfait guère que son ego. Mais un label est une manifestation de l’ego finalement.

I.T : Les groupes que je ne pourrais pas produire pour des raisons évidentes aujourd’hui, je dirais Arckanum, Thesyre, Hirilorn, Enslaved, Alcest, Drudkh, Urfaust et pas mal d’autres j’imagine. Je suis toujours très chaud quand je découvre un groupe qui me plaît beaucoup, si bien qu’il y a un grand plaisir à préparer un plan de travail ensemble et ça me satisfait complètement. De manière générale, j’ai la tête sur les épaules et rêve très peu. Je sais très bien quels groupes pourraient être intéressés par une sortie chez TOR, et inversement les groupes qu’une telle proposition ferait probablement rire. Concernant les groupes que je ne sortirais jamais, je ne me ferme aucune porte, mais les groupes de « bedroom black metal » de « l’ami du coin-t’es mon pote toi-cuitons nous à la bière-prête moi ta femme » ne m’intéresse aucunement. Je n’ai pas besoin de l’assentiment d’une communauté ou d’un groupe pour me réaliser.

Y : J’aimerais beaucoup produire des groupes comme Xasthur ou Leviathan par exemple. Un groupe que je voulais absolument produire est Suhnopfer, je suis donc plus que satisfait que cela puisse se faire, Ardraos a un talent fou et son projet ira loin.

I.K.M : Il y a pas mal de groupes que j’aimerais produire mais j’ai assez les pieds sur terre pour ne pas rêver !!! Je suis assez fier de tous les groupes dont j’ai sorti les prods. Difficile de donner un nom plutôt qu’un autre. Enfin, disons que je soutiens Zarach Baal Tharagh depuis pas mal de temps et que j’aime ce que fait Luc donc arriver à sortir 3 tapes de son groupe est vraiment une bonne chose pour moi. Autrement j’aime les prods de Resistancia Underground donc pouvoir rééditer leurs prods sous format tape, c’est aussi un bon point. Il y a aussi le cas de Vucub Came qui est originaire de ma région et dont je connais le principal compositeur… et en fait pouvoir à la fois aider un ami et sortir une prod' dont la musique représente pour moi LE black metal, ça pourrait être un style d’aboutissement dans mon travail de label car c’était dans cette optique que je voyais sa construction (NdG : Très très bon choix ! Vive Vucub Came !!!)

LA PROMOTION

G : Quelle place accordez-vous à la promo ? Est-ce un mal nécessaire ? La critique était-elle juste un moyen de faire circuler les noms ou bien la critique est-elle également prise comme un avis important ?

Gab : La promotion est importante, c’est ce qui permet de faire circuler le nom des groupes, et donc de les faire grossir… La critique peut-être intéressante, quand elle existe (lol). Il faut prendre le temps de bien tout lire, et de remettre les chroniques dans leurs contextes (et donc de lire plusieurs autres chros sur le site…) afin qu’elles prennent tous leurs sens… Donc ça demanderait pas mal de temps…

Az : J’accorde peu de place à la promo, puisqu’il existe peu de zines papier, les webzines n’ayant guère plus d’intérêt, les promos sont chroniqués plusieurs mois plus tard, quand la personne ne disparaît pas mystérieusement… Donc les mêmes contraintes qu’un zine papier en somme. Toute critique est la bienvenue, tant qu’elle est fondée sur le ressenti, pas sur d’autres éléments parasites, et que le chroniqueur sait de quoi il traite. Après, que le chroniqueur ait aimé ou pas… Chacun est libre, non ?

I.T : Oui, la promotion est un mal nécessaire et je dois d’ailleurs montrer mon incompréhension face à ceux qui disent que c’est se prostituer. Si tu crois fermement en la qualité du groupe que tu produis, tu fais le maximum (bien sur de manière digne) pour qu’au moins les gens l’écoutent. Au moins là, ils sauront pourquoi ils n’achètent pas le disque. Alors forcément, c’est très facile quand tu as un label établi de tenir ce genre de propos dans la mesure où ce sont les auditeurs qui s’occupent de ta promotion mais la réalité d’un label underground ou d’un jeune label est tout à fait différente. La critique est intéressante et sensée quand elle est suffisamment argumentée et qu’elle ne se résume pas à un simple « Support ! » ou un « A chier », c’est aussi vrai pour les louanges que pour les commentaires négatifs.

Y : La promo est bien sûr essentielle pour faire connaître un groupe et fait partie du rôle d’un label. La critique quant à elle est toujours enrichissante et positive lorsqu’elle est constructive, si cela peut permettre à un groupe d’aller de l’avant, c’est toujours bon à prendre.

I.K.M : La promo n’est pas forcément nécessaire, tout dépend de l’optique de ton label. De mon côté j’en fais un tout petit peu de temps en temps mais en fait ma promo se fait naturellement via les nombreux trades que je fais. Et puis mon label est quand même très underground et la musique que je produis n’est pas à proprement parlé à la portée de tous et ce même dans le milieu du « black ». Quand tu produis Zarach Baal Tharagh, Charogne ou Vucub Came, tu ne cherches pas à toucher le plus de monde possible. Les amateurs viennent à toi assez naturellement. Pour ce qui est des chroniques, je n’y suis pas très sensible car encore une fois je fais ce label pour mon propre plaisir et qu’un tel ou qu’un autre aime ou n’aime pas ne me fera pas changer d’avis sur le groupe. Le seul intérêt que j’y vois c’est de faire de la promo aux groupes quand les chroniques sont bonnes. Pour Infernal Kommando ça permet aussi aux groupes susceptibles de sortir des prods sur mon label d’apprécier et d'appréhender mon travail et de voir un peu le style de groupes que je produis.

G : Comment informez-vous ? Internet uniquement ?

Gab : Non, j’ai une liste de numéros de téléphone et je courtise durant les heures de pause au taff… D’ailleurs le surveillant commence à me regarder d’un œil étrange, je vais devoir calmer le jeu… Sérieusement, à la base je passais autant par Internet que par les voix classiques du souterrain : les flyers par milliers, les échanges de courriers avec des zines rétros anti-Internet, mais comme beaucoup moins de monde s’amuse à répondre aux courriers, la plupart est actuellement ciblé sur le net… (en plus c’est gratuit).

Az : Internet devient de plus en plus un gros moyen de promotion, du fait de sa gratuité et de la rapidité de propagation. Mais il ne doit pas rester le seul. Zines papier, flyers, catalogues, ça reste de l’ordre du tangible.

I.T : Aujourd’hui, il n’y a de la place pour le Black Metal qu’au sein d’Internet et des zines underground. C’est tout. Donc logiquement oui, c’est par ce biais que j’informe les amateurs.

Y : La promo via internet représente la grande majorité du travail mais la bonne vieille méthode du fly a encore de beaux jours devant elle, lors des concerts, des envois de commandes… et bien sûr un grand nombre d’envoi de promo pour les chroniques et interviews.

I.K.M : C’est sûr qu’Internet est un média très important pour communiquer sur ton label. Mais j’ai connu l’époque où tu devais te casser le cul à envoyer tout par courrier et je crois que les mecs qui faisaient des labels à cette époque se devaient d’être bien plus motivés… Aujourd’hui tout le monde peut faire sa page web, son website et donc voilà pourquoi les websites pullulent. La communication via Internet est plus simple, plus rapide, moins coûteuse aussi mais ça a aussi pour finalité de voir la scène croulée sous le « n’importe quoi » et donner la parole à n’importe quel petit branleur. Je ne vais jamais sur les forums, je m’y suis risqué une journée pour déposer une petite news sur la création du site dans quelques forums et vu la pauvreté des retours ça ne m’intéresse pas. J’en ai rien à foutre de tous les petits pseudos « métalleux » et « black métalleux » qui passent tout leur temps libre à s’insulter sur le net et à parler de choses qui les dépassent totalement. J’ai depuis bien longtemps cessé de m’intéresser aux autres en fait. La nature de ma participation à la scène underground s’est radicalement transformée depuis quelques temps… Pour en revenir à ta question, oui Internet est mon principal vecteur d’information. Je distribue aussi quelques flyers…

LES AUTRES...

G : Quels labels admirez-vous le plus ou détestez-vous ? Que pensez-vous de la pullulation des labels ?

Gab : J’aime certaines périodes de certains labels, alors qu’ils étaient au top… La pullulation risque de se calmer si les gens continuent de ne plus acheter grand chose… Les termes Black Metal Genocide prendraient peut-être un autre sens Ah Ah ! C’est un sujet assez complexe qui peut se prendre dans tellement de sens, que je préfère ne pas mettre en route…

Az : Je « n’admire » pas de labels, certains font un excellent travail dans le concept qu’ils se donnent. Et d’autres suivent lamentablement. Le pire est ceux qui n’ont pas compris ce qu’être un label signifie. Ils commencent à apparaître, oui, reliés aux groupes Myspace… Ils sont au même niveau que ces groupes. Jeunes, inexpérimentés, dans leur bulle jeu-de-rôlesque, en dehors de la réalité. Mais de toute manière ils restent dans leur cercle restreint, avec quelques incursions au dehors, qui se soldent par des échecs. Ils n’ont pas d’importance de toute manière. Pullulation des labels ? Peut-être, mais des distros, où est le problème ? Il y a 10 ans, pour commander des albums, on n’avait le choix de distros qui ne se comptaient que sur les doigts d’une main, aujourd’hui, on peut choper presque tout ce qu’on veut facilement, et même directement en France. L’avantage d’avoir une durée de vie « conséquente », soit 7 ans pour FWP, c’est de voir les labels qui restent depuis avant la création de mon label, et ceux qui restent, entre temps. Ceux qui restent, pas les plus nombreux, sont respectables, même si j’apprécie plus ou moins certaines prods/politiques… La durabilité impose la sincérité. Ouvrons les yeux et regardons.

I.T : Je ne citerai pas de nom au sujet des labels que je ne m’apprécie pas, je l’ai fait dans le passé, et avec un peu de recul, ce n’était pas quelque chose d’intelligent donc je m’abstiendrai, de plus, c’est trop fatiguant de cracher continuellement sur les autres, je préfère m’attacher à ce que je fais plutôt. Par contre, je peux te dire quel genre de label je n’aime pas, mais encore une fois tant qu’ils ne m’obligent pas à procéder comme eux, qu’ils agissent comme ils le souhaitent, ils n’ont d’ailleurs absolument pas besoin de mon assentiment ou de mon avis : la promotion du disque sur le critère de la limitation devient de plus en plus gerbante; les labels qui se pressent trop sont aussi assez inutiles, on a l’impression qu’ils proposent des enregistrements plus pour pouvoir dire « ouais j’ai un label » et briller devant les copines que par réelle passion et intérêt pour le groupe concerné ; les sorties limitées à cent copies pour pouvoir dire qu’elles sont épuisées deux mois après. Si tu respectes et apprécies vraiment un groupe au point de le produire, tu essaies dans la mesure du possible que le matériel soit le plus longtemps disponible et ce dans des conditions financières optimales (je parle du prix de vente). Remarque, avec les productions daubesques qu’ils nous infligent, il vaut peut-être mieux en effet les limiter à un si petit nombre d’exemplaires. Sans trop réfléchir, au sujet des labels qui me plaisent actuellement (admirer est trop fort), je dirais Nuclear War Now ! Productions (un label américain qui sort de fort bons groupes avec une attitude résolument old school, j’attends par exemple avec une impatience non feinte le nouvel album de Bone Awl), Northern Heritage détient un vivier de groupes très intéressants (Clandestine Blaze, Baptism, Uncreation’s Dawn, Mgla et j’en oublie forcément), Total Holocaust Records de Suède propose également de belles productions (Lifelover, Hypothermia, Woods of Infinity, Heresi et j’en oublie encore). Au niveau français et underground, j’en citerais deux : Aura Mystique qui nous gratifie de belles productions (Seigneur Voland, Bekhira, Desolation Triumphalis, le nouveau Finis Gloria Dei, Torturium, le nouvel album d’Arkha Sva), et aussi, Legion of Death qui bien que j’apprécie moyennement les groupes produits (question d’affinité musicale) se bouge réellement pour proposer des productions de qualité et des groupes qui proviennent de contrées assez éloignées, un label très respectable. Il y a en effet une prolifération de labels qui ne fait qu’accompagner la prolifération de groupes de manière assez logique finalement. Il y en a qui ne servent à rien (TOR rentre probablement dans cette case pour certains auditeurs, soit) et qui ne seront plus là dans deux, trois années (ce qui pourrait être mon cas, qui sait). La pertinence réelle d’un label se mesure sur le long terme et la continuité je crois.

Y : Je n’admire et ne déteste aucun label en particulier, chacun a suivi sa voie et je compte suivre la mienne sans me soucier des autres. La pullulation des labels est je crois un phénomène inévitable de part le nombre croissant de groupes et one-man-bands de nos jours. Laissons place à la diversité et que chacun fasse son/ses choix, de toute façon, c’est comme pour les groupes, je dirais que la sélection se fera naturellement et seuls les labels qui valent vraiment la peine sortiront du lot et survivront.

I.K.M : Hum, pour ce qui est des labels « reconnus » j’ai aimé Osmose quand ils ont commencé et qu’ils ont sorti des groupes comme Immortal, Marduk, Impaled Nazarene, Enslaved… c’était le label que je respectais le plus au niveau musical mais aujourd’hui c’est une époque révolue. Au niveau underground Resistancia Underground est un de ceux que je trouve les plus respectables. Il y a beaucoup de labels UG que je respecte, je ne vais pas tous les citer… Au niveau des labels « pros » par contre il y en a beaucoup que je n’aime pas car peu restent « intègres » et ne retournent pas leurs vestes si ils réussissent. Cependant j’en ai clairement rien à faire, chacun fait ce qu’il veut et voilà. La pullulation des labels, même chose, ça regarde les mecs qui les font et puis voilà… Je pourrais te dire que beaucoup sont inutiles car ils n’ont pas de personnalité et cherche seulement à sortir des prods qui peuvent plaire à un certain public… mais qui suis-je pour juger ? J’ai mon avis et il est assez tranché mais après ça ...

G : En quoi votre label serait différent des autres ?

Gab : A la base, dans le contexte pré-Internet, mon label ne proposait rien de particulier dans la forme… Mais dans le contexte actuel, c’est sûr que je me sens un peu seul avec mes CD-R et K7s Death Metal… Il y a peut-être le fait que sur la plupart des prods j’ai quasiment tout fait seul : choix des groupes, mastering, dessin de pochette, layout, impressions, distribution, promotion, mais vu de l’extérieur ça ne fait pas tellement de différence avec un label comprenant plusieurs individus actifs…

Az : Tout simplement parce qu’il n’est pas les autres, il est l’émanation de moi-même.

I.T : Bonne question. Personnellement, à une époque où il me semble qu’il faut soit être NS, soit être sataniste dans le petit monde du Black Metal, j’avais envie d’autre chose. Envie de sortir des lieux communs et de l’utilisation presque obligatoire des symboliques habituelles du genre, je trace ma route seul sans me préoccuper du qu’en dira-t-on. Bien entendu, je vais produire des groupes qui utilisent ce genre de symbole j’imagine, c’est presque inévitable, mais TOR n’est pas là pour diffuser une idéologie récupérée unique et unilatérale, qu’elle soit religieuse, politique ou autre. Il y en a qui le font déjà très bien, à quoi bon en rajouter un de plus. TOR est une quête très individuelle (comme le symbolise le logo réalisé par Eric de Thesyre, que je remercie d’ailleurs au passage pour ça) et très personnelle, en opposition avec les clichés éculés qu’on nous sert à longueur de disque. Je ne me reconnais pleinement dans aucune des idéologies généralement mises en avant par les groupes de Black Metal, ce qui ne veut pas dire qu’elles ne m’intéressent pas bien au contraire, je ne vais pas faire semblant, je n’ai pas besoin de grandes citations tapageuses ou de « statements » pour m’affirmer tel que je suis. Et je n’ai pas besoin de l’accord et de l’approbation de l’Autre non plus.

Y : Je ne m’attarde pas à ce genre de considérations, c’est avant tout un label fait par un passionné pour les passionnés. J’accorde une grande importance à la qualité du travail au sein d’Eisiger Mond, du sérieux avant tout et surtout je m’emploie à toujours faire découvrir un maximum de groupes extrêmes au public.

I.K.M : Je crois que là mes prods parlent d’elles-mêmes !!! Comme je l’ai dit, ce qui compte pour un label, c’est sa personnalité et son existence ne doit pas s’inscrire dans une quelconque recherche de copier-coller. Evidemment tout ça est utopique mais pour un label comme le mien c’est ce qui guide mes choix. Après je suis mal placé pour parler de mon travail…

G : Comment se construit le réseau ? Selon vous, quelles scènes sont les plus actives (européenne, asiatique, africaine...) ?

Gab : J’ai déjà répondu, espèce d’emmerdeur tu pourrais lire mes réponses avant de poser tes questions ! Grrr ! (NdG : AHAHAH c'est nihilistique de t'emmerder Gabsk !)

Az : Le réseau se construit au travers des relations qui se créent, des affinités communes, de la curiosité… Enfin je ne peux dire que des évidences. Au niveau des scènes, ça fluctue, sur une période de temps, on peut voir une scène émerger plus qu’une autre, ou plus vite. Globalement tous les pays ont une scène active, la France en premier, enfin c’est cette scène que je connais le plus, mais je pense qu’en ce moment, les scènes allemande, italienne, finlandaise et suédoise sont celles qui font le plus parler d’elles. Il y a une idée d’Europe même, on voit des labels allemands signer des groupes français, etc. Et la scène américaine est en train de monter aussi, un crossover se crée entre le Black Metal et le post Rock et le Doom/Stoner, mélange des genres, des cultures… La même chose se passe aussi en France, mais ça a l’air plus naturel et moins sujet à la controverse aux USA.

I.T : Très simplement finalement. J’espère qu’une continuité avec les labels qui distribuent la première production de Those Opposed Records s’installera dans le futur. Tu sais, les personnes qui s’occupent d’un label underground ont un point commun : ce sont des passionnés avant tout. Il ne faut jamais perdre ça de vue je crois. Je pense que toutes les scènes sont plus ou moins actives, par contre leur couverture médiatique, par les zines ou dans les forums est bien entendu différente. Je préfère parler de celles que j’apprécie et que je connais bien, la scène européenne bien entendu, très prolifique, les Québecois qui avec Thesyre, Akitsa, Aufkrema ont de beaux fers de lance. Je ne peux pas ne pas citer la scène australienne qui est à mes yeux très active et très souvent synonyme de qualité, et j’ai l’impression que ce n’est que le début. Je connais très peu la scène asiatique mis à part quelques groupes comme Sabbat, Impiety, Kratornas, Surrender of Divinity…

Y : Chaque scène a sa particularité, la scène française est je trouve de plus en plus active tout comme les scènes sud-américaine et asiatique.

I.K.M : Le réseau, je trouve que ce terme est exagéré car tu devrais plutôt parler de réseaux car en fait de petits réseaux se créent entrent plusieurs personnes par le biais de trade, d’échanges d’idées, de collaborations… Et si certains sont plus ou moins reliés entre eux, les liaisons entre eux sont très faibles et ne représentent rien de sérieux… Si tu « élimines » toutes les personnes qui n’ont rien à faire dans cet hypothétique réseau, celui-ci n’existe plus… donc j’ai du mal à croire à ce réseau. Enfin si on parle de réseau, celui-ci se construit de mon point de vue surtout autour de trade… Cependant on peut aussi construire un réseau autour de l’idée que l’on se fait de l’underground. Chacun cherche à créer un réseau autour de lui et ce pour des raisons qui lui sont propres. Hum, la scène européenne est très active (notamment dans les pays de l’est), tout comme la scène sud-américaine. Je ne connais pas la scène dans son ensemble…

G : Quels principes vous n'enfreindrez pas – qu'avez-vous vu chez les autres que vous ne reproduirez pas ? Avez-vous des principes ?

Gab : Non je n’ai plus de principes… De toutes façons, plus tu auras de principes, plus tu auras de chances de ne pas t’adapter aux desiderata d’une scène métal toujours plus exigeante au niveau professionnalisme… Plus tu écouteras tes propres désirs et fantasmes, plus tu auras du mal à les faire circuler… Une seule solution : faire un petit label bien ciblé sur le style en vogue actuellement, avec des groupes jouant le style bien convenu dans l’underground du moment, sans rien qui dépasse spécialement, mais avec quand même un petit côté provoc’ et true underground pour dire qu’on est quand même pas comme les autres… (qui a dit que je visais la multitudes de labels true black métal ? Loooooool)

Az : Fais ce que tu veux sera la seule Loi.

I.T : Tout est bon pour faire marcher TOR, du meurtre au viol, en passant par la nécrophilie, la corruption et la drogue. C’était le moment nihiliste... Mes principes sont bien trop personnels pour que j’en fasse l’étalage ici. J’espère ne jamais vendre mes productions sur ce fameux site d’enchères.

Y : Je tiens à garder la même ligne de conduite pour mon label, quelque soit l’évolution de la scène ou des styles en vogue, je déteste cet esprit de « copinage » qu’adoptent certains labels comme on peut voir sur pas mal de forums. Je ne fais pas une course à la notoriété. Je fais ce que j’aime avec passion et sérieux avant tout et ne me soucie guère de ce que pense les autres.

I.K.M : J’ai mes propres convictions et mon propre mode de fonctionnement. A chacun ses « principes ». Je ne m’occupe pas des autres.

QUESTIONS DIVERSES

G : Quel sens mettez-vous derrière le terme « underground » ?

Gab : Actuellement, underground signifie beaucoup moins de chose qu’il y a une paire d’années… En 2007 underground veut simplement dire quelque chose comme : ensemble de passionnés de musique écoutant et soutenant des groupes plus ou moins autoproduits… On ne trouve plus le rattachement terrible et les émotions intenses d’il y a 10 ans…

Az : Une culture, un état d’esprit dans lequel je me retrouve et apprécie la compagnie de ceux qui partagent ces valeurs.

I.T : Je crois que le mot anglais se suffit parfaitement à lui-même. C’est presque un réseau caché, un réseau d’initiés, bien sur avec l’avènement d’Internet c’est beaucoup plus facile de découvrir tout ça pour un jeune de nos jours mais s’il le fait de manière intelligente, je ne vois pas où est le mal. Finalement, ceux qui me font le plus marrer sont ceux qui font ce constat mais qui se servent quand même de ce média. Bien sûr que c’est plus facile de découvrir l’underground avec Internet, et même si quand j’ai commencé à écouter du metal extrême particulièrement, il fallait se bouger un peu plus (radio, magazine, bouche à oreille, achats au pif parfois décevants), je m’en sers aujourd’hui et il m’est très utile. Les personnes qui disent aujourd’hui : « ouais mais c’est trop simple avec Internet » et qui s’en servent ne vont pas tout à fait au bout de leurs idées je crois.

Y : C’est un terme fort qui pour moi désigne avant tout une attitude passionnée et intègre. Un style qui sait rester pur et ne suit pas un courant ou une mode éphémère. Enfin bon, ce terme est loin d’avoir la même « force » qu’il y a quelques années…

I.K.M : Tout d’abord je crois que ce terme est largement galvaudé par pas mal de monde. Etre « underground » c’est avant tout avoir un certain état d’esprit. Expliquer cet état d’esprit serait un peu trop long. Encore une fois, à chacun de se faire son idée là-dessus. Je crois que mon label et le fonctionnement de celui-ci correspondent à ma vision du mot « underground » mais bon, là encore c’est assez subjectif.

G : Comment voyez-vous les metalheads du Moyen-Orient et du Maghreb ?

Gab : Ils ne sont pas nombreux au Maghreb… Je sais que pas mal de métalleux asiatiques, ou d’Amérique du sud, spécialement ceux vivant dans des pays moins favorisés que la France, sont bien cramés et à fond dans leur délire métal jusque à la mort… En quelque sorte, on retrouve l’état d’esprit métal des 80s et 90s.

Az : Je vois ceux de ma génération comme des metalheads qui ont peut-être plus de mérite que nous d’assumer leur passion, et plus de difficultés pour choper des albums. Quant aux autres, ceux dont on connaît « l’existence » par Internet, ils n’apparaissent finalement que comme ils sont : des trendies.

I.T : Alors ça, il faudrait que j’en connaisse pour bien répondre à ta question. Disons qu’ils doivent être regardés très bizarrement mais je ne vois pas de quoi ils devraient avoir honte finalement. Si tu attends que je te dise qu’en étant originaires de ces pays-là, ils ne devraient pas écouter du metal, tu as frappé à la mauvaise porte, encore une fois, je ne dicte pas ce que doivent faire/apprécier les gens. Je n’ai pas de temps et d’énergie à dépenser à ça.

Y : Je ne suis pas trop au courant de ce qui se passe là-bas et je ne connais que très peu cette scène mais il me semble qu’elle tend à se développer de plus en plus et est à ce que j’ai entendu dire très active.

I.K.M : Je ne connais pas ces scènes mais il est sûr que ce ne doit pas être tous les jours facile pour eux… Chez nous il n’y a pas de problème mais dans ces pays où la religion règne encore (ou de nouveau) en maître, la discrimination est forte et les mentalités sont différentes de chez nous…

G : L'actualité future, proche ou lointaine du label ?

Gab : Probablement rien.

Az : Rien n’est écrit, des choses se feront, d’autres non. Pour l’immédiat proche, la tape de Spear of Longinus ...And the Swastikalotus va sortir. Ce sera je pense l’une des dernières productions en K7 du label… avant quelques temps du moins.

I.T : Pas mal de trucs en théorie. TOR va continuer sur le troisième album de Hypothermia en cassette, Rakbladsvalsen, avant les trois autres sorties CD de 2007, à savoir le MCD de NKVD, Diktatura, l’album d’Aufkrema, Auditecture (avec Eric et Zvord de Thesyre) ainsi que la version CD d’un album qui n’est paru qu’en version vinyle chez l’excellent label italien Serpens Caput Productions : il s’agit du premier album du groupe américain AIDS, Syndrome of the end Approaching (NdG : EXCELLENT choix !!!). Sauf gros coup de cœur, ça devrait être tout et crois-moi, ça va faire du boulot tout ça. Deux productions sont prévues pour 2008 : un split album collaboratif entre deux grands groupes (pas médiatiquement mais artistiquement) dont je ne préfère pas parler pour l’instant (c’est bien trop tôt), et le premier album de OTAL (Ordo Templi Aeternae Lucis), groupe français de black metal assez expérimenté puisque créé dans les années 1993 mais qui n’a pas une discographie très fournie pour des raisons diverses, bien que plusieurs enregistrements ne soient jamais parus. Pendant ce temps-là, je vais également essayer d’étoffer mon catalogue, comme toutes les distros finalement.

Y : Plusieurs prods sont prévues pour les mois à venir, notamment le nouvel album de Into Dagorlab au format tape ; la 1ère démo du groupe de black français Cainan Dawn au format pro CD-R que je recommande fortement aux fans de Setherial ou encore Otargos, le 1er MCD de Suhnhopfer L’aube des Trépassés prévu pour mai 2007, le pro-CD-R de Abandonned Shelter, un projet dark ambiant dont le thème est l’Inquisition et enfin la 1ère prod Death Metal du label avec la sortie fin avril du pro-CD-R Enemy Eternal du groupe Héritiers De La Haine que je recommande absolument à tous les fans de Deicide, Angel Corpse ou Krisiun.

I.K.M : L’actualité proche c’est la sortie de quatre nouvelles prods : deux du groupe Silcharde (insane noise), et les rééditions de Svart Hat et Honos Aquilae sorties chez Resistancia Underground. Autrement pour un peu plus tard il y a la sortie de la nouvelle démo de Vucub Came qui est prévue. D’autre part cette année je voudrais sortir des productions sous format vinylique (un split-EP pourrait voir le jour) et sortir 1 ou 2 CDs pros… D’ailleurs si certains groupes sont intéressés ils peuvent m’envoyer leurs démos…

G : Quels sont vos disques de chevet actuellement ?

Gab : En ce moment il n’y a pas un disque en particulier… Je passe chaque week-end dans les boutiques d’occasions du coin, donc j’ai beaucoup de choses neuves à découvrir… Tu insistes ? Bon, du Front Line Assembly, Sugar Creek et quelques vieux trucs…

Az : Le dernier Celtic Frost, différent, mais proprement envoûtant, avec une structure orchestrale simple, guitare basse batterie, pas besoin de clavier pour poser des sons qui créent une ambiance. Le Spear of Longinus Swastikalotus pour des raisons que comprendront ceux qui arriveront à saisir l’album, Morsüre réédité en CD, il est plus simple d’écouter un CD plus de fois que ne l’impose un vinyl. L’album de Necros Christos, j’avais perdu foi dans le Death Metal, cet album nous rappelle les bases, tout en n’étant pas à proprement dit « Death Metal ». Mais au même titre que le Celtic Frost, je le qualifie de Black Metal. Grand Belial’s Key Kosherat, Superchrist Ladycutter EP, Batmobile Amazons from Outer Space, voilà, entre autres.

I.T : Là je te réponds en écoutant à plusieurs reprises le monstrueux album de Necros Christos, Triune Impurity Rites, du Death Metal comme je l’aime, c'est-à-dire malsain et violent sans trop de blastbeats, avec en plus une ambiance occulte recherchée. En ce moment, j’écoute beaucoup le deuxième album des Finlandais de Prevalent Resistance, To Live and Dominate, Nuit Noire également (les deux albums Lunar Deflagration et Infantile Espieglery qui se complètent très bien je trouve), le fantastique album d’Elysian Blaze, Levitating the carnal, un Black Metal poisseux, une sorte de croisement entre un Xasthur époque Nocturnal Poisoning et Vrolok. Sinon j’écoute aussi pas mal de Grand Belial’s Key mais ça commence à devenir une habitude. Et le prochain album d’Alcest qui va être tout simplement monumental.

Y : Parmi tant d’autres Angmar Metamorphosis, Xeohl Un Genre de Noir, Xasthur Suicide in Dark Serenity, Suhnhopfer L’aube des Trépassés (sortie prévue pour mai 2007)...

I.K.M : Difficile de répondre à ça car j’écoute énormément de choses… et ce dans plusieurs styles. Je peux te donner quelques noms de groupes que j’écoute très régulièrement , parmi les plus connus : Xasthur, Deathspell Omega, Blut Aus Nord, Leviathan, Satanic Warmaster, Immortal, Darkthrone, Venom, Sarcofago, Burzum, Beherit, Blasphemy, Morbid Angel, Morgoth, Death, Autopsy, Abscess (la liste est très longue)… et des choses noise/indus comme Deadwood, Folkstrom, Prurient, Grunt, Atrax Morgue, Schloss Tegal, Skinny Puppy, Deathpile, MZ412, Sleep Chamber, Brighter Death Now, du dark/neo folk comme Dernière Volonté, Death In June, Sol Invictus… et d’innombrables autres choses comme du progressif des années 70… Evidemment j’écoute les groupes que je produis, je viens de recevoir une advance tape de la prochaine démo de Vucub Came et je m’en imprègne !!! Il y a de très bons groupes français aussi comme Eternal Majesty, Héritiers de la Haine par exemple…

G : Comment vous positionnez-vous face au téléchargement ? Est-ce la rançon de la gloire ? Ou une grande perte ?

Gab : Au niveau des labels, c’est une grosse perte… Au niveau de l’auditeur, à première vue c’est un grand plus (l’accès très simple à de grosses quantités de musique, l’ouverture à de nombreux styles)… Mais je ne sais pas ce que ça donnera sur le moyen et long terme… Les mentalités changent tellement vite en ce moment…

Az : Contrainte de l’évolution des choses. Mais finalement, ceux qui téléchargent, auraient-ils acheté ? Pas sûr. Question d’argent ? Non, car qu’un CD coûte 5, 10 ou 20 euros, ce sera toujours trop cher pour ces gens là. Je ne m’adresse pas à eux. Leurs agissements ne m’intéressent donc guère.

I.T : Les gens qui téléchargent à gogo et qui ont une collection à 99 % virtuelle (ce qui n’est donc pas une collection ou une discothèque) n’achèteraient de toute façon pas l’album. C’est une vision des choses. Vision que je ne partage pas mais je ne vois pas d’issue à cet état de fait. Non, ce n’est pas la rançon de la gloire. Comme tout ce qui est gratuit, les gens se jettent dessus comme des morts de faim. J’aimerais connaître le pourcentage de personnes qui téléchargent un album et qui l’achètent par la suite, je sais que beaucoup disent faire ça mais dans la pratique est-ce bien vrai ? Comme je disais, tout est affaire de conception par rapport à l’art et au produit en tant que tel. Si tu soutiens vraiment un artiste, tu achètes son disque, c’est fort logique, après si la musique n’est qu’un simple passe-temps avec toutes les connotations péjoratives de l’expression, soit. Si les gens qui téléchargent sauvagement sont satisfaits comme ça, grand bien leur fasse, je ne vois pas ce que je pourrais y faire personnellement. J’ai un ami qui n’a même pas de matériel hi-fi chez lui, toute la musique qu’il écoute passe par son ordinateur. Même quand il achète des disques, car il en achète, il n’écoute pas le disque. Quand il le reçoit, il le rippe en mp3 sur son ordinateur, range le CD dans le boîtier et ne le ressors plus jamais, il regarde l’artwork de temps en temps. Encore une fois, tout est affaire de conception, j’espère que je ne viendrais jamais à écouter de la musique seulement avec mon ordinateur car je trouve ça vraiment triste. De toute manière, je dois dresser un constat pessimiste sur le sujet, je crois qu’on va vers ça et pas seulement pour les disques. Tout doit être plus rapide, plus numérique, prendre moins de place, les gens n’aiment plus les supports, ils veulent des données plutôt, c’est vachement plus fun. C’est une évolution qui même si je ne l’apprécie pas semble indéniable et surtout dévastatrice quand on observe un peu comment fonctionne le monde actuellement. A quand le nouvel album de Darkthrone en clé usb en magasin ? On va se marrer tiens…

Y : Soyons clair, je ne suis pas pour le téléchargement, le marché du disque se porte déjà assez mal comme ça. En plus dans le métal il existe un grand nombre de labels/distros qui font des prix vraiment très bas.

I.K.M : De mon côté je ne télécharge rien… Je reçois assez de trucs et surtout je ne suis pas un adepte du téléchargement. Pouvoir écouter un morceau d’une démo ou d’un album c’est une très bonne chose mais télécharger toute une prod' c’est autre chose. Encore une fois je suis peut-être un peu « vieux jeu » là-dessus. Les mecs téléchargent à tour de bras des albums qu’ils n’écouteront même pas. Je ne mets pas de morceaux téléchargeables sur le site. Je pense que les mecs qui sont susceptibles d’être intéressés par les démos que je sors peuvent se les procurer pour un prix modique et comme je l’ai déjà dit ces prods sont assez particulières pour n’attirer qu’un public bien spécifique. Mais chacun est libre de faire ce qu’il veut. Par contre je ne comprends vraiment pas les labels ou les groupes qui mettent leurs prods entières en téléchargement gratuit… car si les prix des CDs sont assez prohibitifs, « donner » ces oeuvres à n’importe qui équivaut à brader le travail des artistes… Mais bon comme aujourd’hui on est dans un monde ultra-libéral où tout n’a qu’une valeur monétaire, où tout est échangeable à l’infini… Il n’y a qu’à voir comment sont vendus les CDs aujourd’hui : au début on te les vend à un prix excessif et on te dit que c’est l’album du siècle, qu’il faut absolument te le procurer, etc. etc. donc les mecs courent acheter ces albums et très peu de temps après ces mêmes albums sont « soldés » pour presque rien car les magasins (ou les distributeurs) ont fait assez de fric sur le dos des acheteurs et liquident ce qu’ils leur restent sans aucun respect pour le travail des artistes. La musique est vendue comme de la vaisselle ou n’importe quel produit de consommation sans tenir compte du côté artistique. Le téléchargement est censé être un moyen de faire la « nique » au commerce mais ça aggrave le cas des petits labels aussi… et surtout ça n’aide pas vraiment les groupes !!! Peut-être que ça fait découvrir les groupes mais en contrepartie ça enlève des ventes et même si je ne suis pas un mordu de la vente, il faut avoir les pieds sur terre et si un label professionnel ne vend pas… il ne risque pas de faire long feu !!!

G : Comment vous contacte-t-on ?

Gab : On ne me contacte plus, laissez moi tranquille !

Az : C’est assez facile, puisque j’ai un site (deux même en comptant le webshop) où l’on peut me contacter via mon adresse mail, voire l’adresse courrier. Quant aux groupes qui cherchent un label et souhaitent s’adresser à moi, je les invite vivement à visiter sur mon site http://www.forgottenwisdomprod.fr.st la section « Disclaimer », avant de me contacter. On s’évitera du temps perdu à chacun.

I.T : Très facilement. Par e-mail : T.O.R(at)hotmail(dot)fr. Mon site web est le suivant : http://www.those-opposed-recs.fr.nf.

Y : eisigermond.productions@yahoo.fr / http://http://www.eisigermond-productions.fr/.

I.K.M : Pour me contacter, il suffit de m’envoyer un petit mail à cette adresse : infernalkommando@wanadoo.fr ou de m’envoyer un courrier à cette adresse : Bruno MATHIEU, 35 rue d’en haut, 59151 BRUNEMONT.

G : Merci d'avoir répondu à ces nombreuses questions et d'avoir satisfait la curiosité de tous ! Les derniers mots sont pour vous !

Gab : Merci pour tes questions. Tu n’oublieras pas de me rendre le carton de poppers… Depuis le temps, j’espère qu’il en reste encore… Ah Ah ! (NdG : Salopard va, tu ne consommes même pas ce que je t'offres !). Sinon, pas de conclusion totalement pro ou anti quoique ce soit… L’underground change tellement que j’en reste assez dubitatif et confus… On verra ce que ça donne dans une paire d’années, si il y a moyen de faire mieux que de cliquer à répétition…

Az : Merci pour l’interview, j’espère avoir dissuadé tous les trendies de monter leur label, enfin, de les avoir retardés, mais après tout, ce n’est pas mon affaire. Tournons nous vers Aldébaran et reconnaissons la vraie lumière !

I.T : Peut-être que certains lecteurs apprendront quelque chose de nos modestes expériences. J’espère aussi que certains seront arrivés jusqu’au bout. Sinon c’est là que je dois me la péter en sortant une petite citation, probablement en latin ? Euh… Pense-bête : « Insérez ici une phrase philosophique à deux balles ».

Y : merci à toi pour cette interview. Support the underground !!!

I.K.M : Merci à toi pour cette interview et bonne continuation dans tes activités. N’hésitez pas à aller faire un petit tour sur le site : http://perso.orange.fr/infernal.kommando. De nombreuses nouveautés sont régulièrement ajoutées au mailorder. Tous ceux qui veulent faire un trade peuvent me contacter sans problème, idem pour les groupes qui seraient intéressés par une collaboration.

Posté le 06/04/2007 à 15h18 par Guudrath

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