 Injustement conspué à sa sortie, Korum revient pourtant avec un album au style hybride, improbable croisement entre du death et des groupes à la Neurosis... Le résultat est probant, peut-être pas parfait, mais le groupe a eu au moins le mérite de proposer quelque chose de neuf. Laissons s'exprimer Kriss à propos de tout ce joyeux bordel.
Aletun : Salut Kriss. Avant de parler de l'album, j'aurais voulu revenir sur le ménage effectué dans le line-up. Pourquoi ? Et sur quelles bases as-tu choisi les nouveaux musiciens ?
Kriss : L'ancien Lineup a duré aussi longtemps qu'il a pu, Niko (Guitare) et Boban (Batterie) jouent maintenant dans No Return et Olivier (La voix hxc) a monté son propre projet avec Boy First Time et je garde pour eux le plus grand respect. Nous avons essayé d'aller au bout et après 6 ans, nous nous sommes vidés de notre motivation à continuer cette aventure intense et prenante ensemble. C'est assez difficile d'en exprimer les raisons précises dont beaucoup tiennent à mon sens à l'usure et à l'impossibilité de surmonter certains conflits entre les fortes personnalités du groupe et le manque d'investissement personnel de chaque membre à faire le nécessaire pour faire rouler la machine. Chacun prenant sur soi, la bulle a fini par éclater et personne n'a fait d'effort pour recoller les morceaux. J'ai lutté pendant 1 an et demi après de multiple changements de line up où l'alchimie ne prenait pas avant de trouver Gaël Ferêt (Misanthrope) à la batterie et Pascal Vigné (Triple Fx) à la guitare afin de réaliser le 3ème Opus de Korum Ockham's Razor dont la composition avait commencé avant la séparation des membres fondateurs.
A : Parlons de l'album... Il semblerait que les chros aient été expéditives... Qu'en est-il vraiment ? Penses-tu que les lignes assassines étaient justifiées ?
K : Oui, les lignes assassines étaient justifiées, car j'aurais du changer le nom du groupe tant les différences entre les 2 précédents albums sont importantes et cela afin d'éviter les comparaisons. En effet, même si j'ai été le principal compositeur des 2 premiers disques, ce 3ème album m'est beaucoup plus personnel, il a été composé sans compromis avec le besoin de renouer avec mes racines, mes influences et cela sans artifice ni volonté de céder aux tendances du moment où tous les groupes ont le même son, la même voix, les même gimmicks. Alors oui ces chroniques sont compréhensibles même si elles font mal, oui elles sont justifiés car ce disque est une sorte d’ovni dans la scène musicale actuelle, au début des années 90 quant tout était permis ce disque n'aurait choqué personne. Et puis il n'y a pas eu que des Kros négatives quand même, on a eu droit à du 50/50 tout ou rien en fait et puis libre aux gens de se faire une opinion par eux-mêmes.
A : Parle nous de l'album, de l'évolution musicale, des différences avec les précédents albums.
K : On ne voulait pas faire un No dominion 2, le but a été de faire un disque plus organique, plus humain, plus intime, plus nuancé et cela sans une once de compromis. Ce n'est pas à moi de dire si nous avons réussi.
A : Qu'est-ce qui a motivé le choix de ce type de chant ? On dirait un bluesman qui aurait abusé de whisky et de cigares depuis l'âge de 12 ans. Est-ce le cas, ou tu tournes au coca et gitanes maïs ?
K : Il n'y pas eu vraiment de choix, sur les disques précédents, je chante death, sur celui-ci j'ai utilisé ma voix tout simplement par souci d'honnêteté pour les titres, les textes, le sens. Cette voix que beaucoup ont détestée, c'est le grain que j'ai naturellement en criant, une voix brute, grasse, raillarde, un Lemmy sous amphétamine dans un bayou de Louisiane en pleine séance Vaudou (rires). Alors oui c'est étrange c’est vrai, cela aurait pu en être autrement. Certains ont même qualifié cela d'un suicide musical, le suicide pour moi c'est de museler sa musique. Nous sommes maintenant sous l'emprise d'un codage très stricte au niveau des voix : Death, Black, Hxc "new school" de base et chant clair mielleux linkin parkien. Sur ce disque on a voulu se faire plaisir en se laissant aller, pour certains on a été trop loin, je crois.
A : Les titres de chansons m'ont bien accroché. Peux-tu expliquer aux lecteurs ce qu'est le rasoir d'Ockham, le syndrome d'Asperger, qui est ce bon vieux Kolmogorov... Enfin bref, éclaire nous sur les textes !
K : Le rasoir d'ockham en résumé pour éviter d'être chiant c'est "la réponse la plus évidente à une énigme ou à un problème est souvent la plus simple". Le syndrome d'asperger, oui quand j'étais ado, j'étais vraiment à l'ouest, un psy m'avait déclaré comme étant atteint de cette maladie mentale proche de l'autisme pas très reluisant n'est ce pas (rires) encore un charlatan. Ce titre parle du sentiment de se sentir inférieur aux gens ordinaires que l'on déteste lorsque l'on est en marge. Kolmogorov Complexity, c'est l'instrumental de basse, j'ai trouvé drôle de déshumaniser ce titre en lui donnant un titre d'une théorie mathématique. La théorie de la complexité de Kolmogorov définit la complexité d’un objet fini par la taille du plus petit programme informatique (au sens théorique) qui permet de produire cet objet. C'est un peu comme la pochette du disque du reste. Et puis il y a cette reprise du Rollins Band, Another life en hommage à mon frère qui me tenait vraiment à coeur de faire depuis des années.
A : Qu'est-ce que c'est le délire du dernier titre ambient ? Pour ma part, je n'ai pas trouvé sa présence choquante mais plutôt intrigante, voir malsaine sur certains passages...
K : Ma fille quand elle avait 1 an et demi a été malade d'une infection des reins et elle a du être hospitalisée d'urgence pendant 10 jours. C'est la musique des cris qu'elles poussaient à chaque fois qu'on était forcé de l'abandonner à l'hôpital ou quand les infirmières lui changeaient sa perfusion. Oui je sais je suis barjot... Il y a pas mal de personne qui ne sont même pas tombés sur ce passage caché à la fin du disque. L’instrument utilisé par mes soins c’est un saz turc, pour la voix et bien maintenant vous savez qui c’est.
A : J'ai trouvé les grattes un brin trop en avant sur le promo reçu... Avec le recul, satisfait de la prod' ? Comment s'est passée cette étape ?
K : Non pas assez content à trop vouloir pinailler on s'égare, c'est pour cela que nous avons affiné le mixage et surtout le mastering pour le second pressage du disque qui est déjà disponible. Pour être sûr de l'obtenir, il suffit de le commander sur le site web du label. Si vous avez déjà acheté le disque en première version et que vous désirez sans surcoût obtenir la version définitive. Merci d'envoyer un message ou un courrier au label, nous nous ferons un plaisir de vous la faire parvenir gratuitement.
A : J'ai pas encore le digipack sous la main, mais la couv' est terrible, avec un aspect labyrinthique et torturé mais avec à côté de ça une architecture parfaite. Qu'est-ce que cela représente, et qui s'est chargé du lay out ?
K : Peter Gric www.gric.at, on a pris pour les 3 albums des oeuvres du maître, j'ai trouvé que cette oeuvre nommé Necropolis collait parfaitement avec la musique de l'album. Il est bien tordu ce disque quand même.
A : Comment se passe le processus de création dans le groupe ? Où avez-vous été puiser les influences musicales ou extra musicales ?
K : En général, je compose le squelette et les arrangements se font en commun. Ce qu'il ne faut pas oublier c'est que je suis 50% nègre moi avec une pré-adolescence sous Jimi Hendrix, Joe Jackson, les groupes de la motown et l'omniprésence du Zouk pendant les vacances (Ouais marrez vous mais avec du rhum et les pieds dans l'eau cela prend tout son sens... (rires)), le premier groupe de Métal que j'ai écouté c'était Living Colour en 89 avec Vivid et Time's Up suivi par Suicidal Tendencies et avant j'écoutais du "true" Hxc (Bad Brains, Black Flag, Minor Threat, Rollins Band, Fugazi, Dead Kennedys) et j'ai aussi une culture baignée par le Jazz Fusion (Pat Metheny, Jonas Hellborg, etc.). Le métal Extrême c'est venu un peu plus tard surtout grâce à Chuck Shuldiner avec la sortie du cultissime Human. Je suis aussi un fondu de groupes comme Primus et Neurosis. Korum est un peu la croisée de tout cela, tu vois le merdier.
A : Au vu des capacités de Korum et des signatures faites sur Sekhmet, je pense que tu dois aimer ce qui sonne de manière technique. Pourtant ne penses-tu pas que la technique doit être au service d'un feeling, contrairement à pas mal de groupes qui aiment se faire mousser le manche avec une débauche ultra dégueulante de riffs tordus et imbitables, ce qui donne des albums indigestes (comme le dernier Spawn of Possesion par exemple) ? L'excès de technique nuit gravement à la musique selon moi.
K : La technique, c'est jouer la bonne note au bon moment avec le bon son ce n'est pas le nombre de note à la seconde. J'aime les disques qui sortent de l'ordinaire des trucs qui t'arrivent comme un pavé sur la gueule après qu'il soit "technique ou pas"...
A : Envisagerais-tu un jour de faire un projet "basique", histoire de te défouler, du genre grind ou black pourquoi pas ? D'ailleurs quels avis à propos de ces deux genres ?
K : La simplicité, je ne sais pas faire. J'admire les groupes qui arrivent à faire des morceaux qui tuent en restant basique. Le grind avec des groupes comme Napalm Death a permis de porter le métal extrême vers un autre niveau de brutalité Harmony Corruption c'est cultissime. Je ne suis pas un gros fan de Black Métal même si je ne suis pas insensible à Emperor ou encore Behemoth.
A : En tant qu'artiste, comment vois-tu l'incursion d'idées politiques ou religieuses des genres connexes au death (thrash & black) ? Le metal a-t-il vocation à servir d'outil d'une propagande quelle qu'elle soit ?
K : Le gens font ce qu'ils veulent après tout, je n'ai de leçon à donner à personne. Le métal a toujours été une musique subversive avec des courants très différents des uns des autres. Dire qu'il ne faut pas parler de religion ou de politique dans le métal c'est bridé l'expression par des dogmes. Après, être subversif c'est aussi éviter de se faire récupérer à des fins de propagande. Le métal comme le rock ce n'est pas une musique, c'est une attitude.
A : À l'heure actuelle quelle est ton penchant dans le death : plutôt le death bourrin/technique ou celui plus old school à la Nunslaughter, Death Breath ? Penses-tu que la résurgence des styles dits old school justement soit une bonne chose ou une mode créée par des mecs nostalgiques d'une période qu'ils n'ont jamais vécue ?
K : Je n'ai jamais vraiment apprécié le Death Old School même si un bon Bolt Thrower ou Entombed cela fait du bien par où cela passe. Je me suis vraiment plongé dans le Death à la sortie de Human de Death et The Bleeding de Cannibal. Après les résurgences de style et bien cela les empêchent de mourir, moi personnellement j'approuve.
A : Aimerais-tu voir tes albums, ou même les réalisations de ton label, sortir en version vinyl, ou même des EP ? Que t'évoque ce format ?
K : Le CD a tué l'amour de l'objet disque. Le vinyl c'était l'époque où l'on était amoureux de l'objet de son contact où l'on prenait soin de lui. Maintenant le disque dans l'esprit de beaucoup ce n'est qu'un fade rond de plastique qui n'a pour finalité que de finir à la poubelle. Alors oui, j'aime le vinyl.
A : Est-ce une bonne chose que n'importe quel clampin à l'heure actuelle, sorte une démo sur PC, pollue l'UG avec ses merdes, et pire encore, qu'il trouve un autre clampin qui lui a un label blindé de merdes du même genre ? Je ne veux pas faire d'élitisme à deux balles, mais penses-tu que tout le monde puisse se donner le droit de composer et d'étaler fièrement sa merde au grand public ?
K : La démocratisation de la production musicale associée l'explosion de l'internet c'est la meilleure chose qu'il pouvait arriver aux musiques "actuelles". Aujourd'hui quand quelqu'un achète un disque, c'est qu'il aime vraiment de la musique qu'il entend sinon il passe son chemin après il y a aussi des gens qui pensent que Sekhmet Records est blindé de groupes de merde (rires) dont le mien, je ne suis peut être qu'un clampin qui aime la merde, j'aurais peut-être du me trancher la gorge et me couper les doigts.
A : Allez, zou, à toi les derniers mots !
K : Et bien merci pour la qualité des questions et à bientôt sur la route.
|