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Entretien avec Noktu de Celestia (Celestia)

Voici une interview de Noktu – le patron de Drakkar Productions comme chacun le sait – à l'occasion de la reissue de Apparitia – Sumptuous Spectre de son groupe Celestia, chez ATMF/Paragorn Records. Une occasion de discuter avec cet homme qui m'était totalement inconnu – une interview somme toute bien singulière ! Merci à lui.


Guudrath : Mes salutations Noktu ! Je ne te connais pas, comme aucun de tes groupes ou productions – hormis Gestapo 666 – mais je dois dire que Apparitia – Sumptuous Spectre de ton projet Celestia m'a particulièrement frappé. A tel point que j'ai décidé à la suite de ma chronique de te contacter. L'album commence à dater : les émotions mis en boîte lors de l'enregistrement sont-ils les mêmes aujourd'hui ? Que ressens-tu à son écoute aujourd'hui ?

Noktu : Salutations ! Les choses ont bien changé en ce qui concerne Celestia. Pour moi Apparitia – Somptuous Spectre appartient au passé. Une page a été tournée et quand j’écoute cet album, je le perçois comme un album mal produit et qui ne correspond pas exactement à ce que je voulais à cette époque. Le studio qui a « produit » cet album est responsable de ce résultat catastrophique. Une erreur que je n’ai pas renouvelé avec le nouvel album qui sortira en 2007.

G : Comment s'est conçu Celestia, comment est né le groupe ? Quels étaient les besoins nécessitant sa création ?

N : J’ai crée ce projet il y a fort longtemps (1995). Au départ, c’était un projet solo mais j’ai fait appel à quelques musiciens qui ont illustré le quotidien de Celestia durant ces années. La présence de ces musiciens était indispensable pour pouvoir nous produire en concert.

G : Aujourd'hui Celestia se résume à qui ?

N : Astrelya est toujours à mes côtés et nous venons de recruter un nouveau guitariste qui viens des USA. Je pense que nous allons travailler sur un nouvel enregistrement tous les trois pour le début 2007.

G : Mon sentiment premier à l'écoute de l'opus est que celui-ci est vraiment singulier, personnel et unique : ressens-tu cette même impression ?

N : Il est vrai que Celestia ne peut pas vraiment être comparé avec un autre groupe de Black Metal, je pense même que ce projet est trop personnel pour pouvoir être étiqueté dans une catégorie pré-établie.

G : La musique de Celestia est difficilement définissable. Elle est à la fois tragique et cosmique, même s'il n'y a pas grand chose d'autre que les menues touches de synthé et tes riffs pour donner cette impression. Musicalement parlant, dans ton esprit, à quoi te fait penser cette musique que tu réussis à transcrire d'une façon si personnelle ?

N : Celestia est l’interprétation musicale de mes sentiments. Ils sont effectivement très personnels et évoluent en même temps que ma propre personne. Il est difficile de capturer cette aura éphémère.

G : Que racontent tes textes ?

N : Je pense qu’il suffit de les lire pour en savoir plus. C’est vrai que c’est une chose que les gens qui téléchargent nos albums ne peuvent pas saisir. Bien que je pense qu’il soit aussi possible de télécharger des textes. De nos jours, tout est facile. Bien mal acquis ne profite jamais.

G : La batteur assure bien ! Il a une technique assez variée, personnelle et sensible. Je me suis posé la question de savoir s'il jouait dans d'autres formations d'un autre genre musical ?

N : Astrelya est l’ancien batteur de Nuit Noire. Il joue aussi dans Darvulia qui est un excellent groupe à mon humble avis.

G : Apparitia – Sumptuous Spectre est réédité chez ATMF, un excellent label italien qui s'est pour l'occasion associé à Paragon Records. Comment s'est passée la chose ? Quels étaient les souhaits des Italiens ?

N : Nous voulions que nos albums soient disponibles partout dans le monde. C’est pour cela que nous avons signé un contrat discographique avec Paragon Rec pour l’Amérique. Le contrat avec ATMF couvre uniquement le marché européen.

G : Alors Noktu, préfères-tu la version de Full Moon ou d'ATMF ? Quelles sont les qualités de l'une comme de l'autre ?

N : La version ATMF représente un intérêt supplémentaire car il s’agit d’un digibook fabriqué a la main. Il s’agit d’un livre photo et d’un album. Je pense aussi que la version ATMF est supérieure de par le travail de restauration sonore qui a été effectué sur cet enregistrement.

G : La production était déjà bonne à mon sens, mais elle a été retravaillée sur la ressortie ? Quel est ton avis à ce sujet ?

N : Je pense que la production de Apparitia Sumptuous Spectre est assez médiocre. Il est vrai que le travail de restauration sonore effectué sur cet enregistrement atténue les grossière erreurs de mixage mais ce premier album ressemblera toujours à une démo face à notre second album.

G : Quel sera l'avenir de Celestia ? Nous pondras-tu une autre oeuvre aussi forte ?

N : Une nouvelle démo cassette devrait voir le jour au mois de décembre 2006. Notre nouvel album quant à lui ne sortira qu’en 2007. Je pense que ce nouvel album est assez surprenant. Il a été enregistré il y a un an déjà, j’assure tous les instruments hormis la batterie. Malefic de Xasthur (USA) nous a rejoints sur cet enregistrement pour rajouter des nappes de synthé. Cet album est à mon avis notre meilleure réalisation à ce jour.

G : Si je te dis que l'album me fait autant penser à Seigneur Voland qu'à certains groupes de Heavy couillus ou encore à d'autres formations françaises sur lesquelles j'ai du mal à mettre un nom. Qu'est-ce qui t'a conduit au black metal, quelles sont tes influences ?

N : Je n’ai jamais écouté Seigneur Voland, par contre, j’écoute du metal depuis pas mal de temps et il est vrai que j’ai suivi un parcours musical assez classique : Heavy/Speed, Thrash Metal, Death Metal et Black Metal depuis 1991. Je ne pense pas que l’on puisse trouver des influences dans la musique de Celestia mais d’un point de vue personnel, j'apprécie les groupes suivants : Sigh, Grima Morstua, Interfektor, Spear of Longinus, (Old) Rotting Christ, Vrolok, Sabbat (Jap), Xasthur, Darvulia, Slavia, Grand Belial’s Key, Abigail, Arghoslent et bien d’autres…

G : Tu composes quand ? Joues-tu régulièrement ? Quels sont tes instruments ?

N : Je compose quand j’ai du temps libre ce qui est assez rare en fait. Cependant, j’arrive à mettre en place un morceau assez rapidement. 1 ou 2 répétitions furent quand même mises en place avant l’enregistrement de notre nouvel album. Je joue donc de la guitare, basse et batterie. Je déplore quand même le fait que nous aurions pu prendre davantage de temps pour ce nouvel album. Mais nous avons tous les deux des vies assez chargées et de nombreux kilomètres nous séparent. Ce qui n’est pas fait pour arranger les choses.

G : Autrement, la scène française d'aujourd'hui me paraît bien fourmillante et hétéroclite, ce qui n'est pas un gage de bonne santé pour l'underground à mon sens... Comment appréhendes-tu du haut des tes longues années d'immersion dans le « milieu » l'élargissement du Black metal à d'autres musiques, hybridant la musique du même coup ? Le salut, la survie du mouvement, d'où viennent-ils selon toi ?

N : La scène française a toujours été assez active je pense. Quand tu regardes il y a 10 ou 15 ans, il y avait aussi des groupes underground dans l’hexagone. Peut être qu’avec l’arrivée de l’Internet, il est plus facile d’avoir un panorama de la scène en quelques « clics ». Alors qu’il est vrai, il y a quelques années il était plus difficile d’avoir des contacts avec l’underground. Il fallait lire des fanzines papier pour pouvoir être tenu informé des activités de la scène underground. L’arrivée de l’Internet est une bonne et une mauvaise chose à la fois. C’est à mon avis la porte ouverte à pas mal de dérives mais en même temps un outil de communication assez formidable. Il faut savoir faire la part des choses et uniquement en tirer le meilleur. Il est vrai qu’aujourd’hui il est très facile de « paraître » grâce à cet Internet, d’où l’émergence d’une myriade de labels et de groupes plus ou moins dispensables. La médiocrité peut donc être cultivée au même titre que des groupes qui véhiculent un discours beaucoup plus mature et posé. Il suffit de regarder ces nombreux forums Internet pour comprendre à quel point le mouvement metal est devenu un besoin existentiel pour des milliers d’adolescents en quête d’identité et de crédibilité. Je pense que cette porte ouverte à la vulgarité donne une image complètement dégradante pour ce que fut le Black Metal. Pour ma part, je considère le Black Metal comme un art de vivre, à part entière. J’ai donné ma vie pour ce style de musique et ce, depuis plus de 15 années. J’ai toujours essayé de préserver ce que je croyais être noble dans ce milieu. C'est-à-dire l’intégrité. C’est à mon avis une valeur qui a complètement disparu de nos jours. Les gens se servent du Black metal pour combler ce manque existentiel dans leur misérable vie de ver de terre. Certains en font même leur commerce en laissant miroiter les techniques de marketing qu’ils ont appris dans leurs hautes écoles de vente. L’éventuel auditeur est donc déstabilisé face à ce maelström d’irrationalité. Le Black Metal a donc perdu toute essence car le Black Metal n’est plus qu’un vulgaire objet de consommation. Les auditeurs éprouvent donc ce besoin de consommer afin de satisfaire leurs besoins. Ils consomment sans même comprendre ou même respecter ce que fut ce mouvement. Tout cela devient écœurant et difficile à accepter. C’est pour cela que de nombreuses personnes trouvent ce mouvement ridicule.

G : Tes soutiens d'hier sont encore là ou le milieu du Black Metal n'est-il définitivement qu'un monde d'abrutis individualistes ?

N : J’ai encore quelques contacts proches qui ne m’ont pas encore trahis (héhé). Les gens sont effectivement individualistes et ils pensent devenir ce qu’ils ne peuvent pas être. Je contemple ce spectacle du haut de mon trône et je rigole doucement. Décidément ces humains sont bien amusants, j’espère qu’ils continueront longtemps à me divertir de la sorte.

G : Tu as d'autres groupes comme chacun le sait. Où en es-tu avec chacun d'eux ?

N : Celestia est mon projet principal et le plus prioritaire pour moi. Mortifera est mon second projet, c’est un groupe de Black Metal plus lent et plus froid je pense. Il y a aussi Gestapo 666, un projet qui me sert à véhiculer mes sentiments les plus négatifs. Je pense que ce projet donne une image négative au Black metal et le fait qu’il soit associé à ma personne et une chose qui m’est très plaisante. Ce projet éloigne donc toute la vermine qui ne peut comprendre le Black metal.

G : Il y a des groupes français que tu apprécies particulièrement ?

N : J’ai bien aimé les démos de Massacra, Darvulia est aussi un groupe de grande qualité. Sinon si Nuit Noire arrêtait de chanter comme une casserole, il pourrait faire quelque chose de bien. Le reste de la scène m’est complètement étranger et me laisse indifférent. Si, je rigole beaucoup quand je vois des photos de Merrimack et d’Antaeus, surtout quand il fait semblant de manger des asticots. Les gens sont vraiment prêts à tout pour vendre des albums de nos jours.

G : Tes albums ou livres de chevet ? Les dernières bombes qui t'ont frappé et les merdes qui t'ont fait chier ?

N : Mon chevet est plutôt une vaste bibliothèque car je m’intéresse à beaucoup de sujets. Je n’ai pas en tête quelque chose à te citer qui m’a transcendé par contre l’album de Peste Noire est une énorme pile de matières fécales. Infâme ! Quel massacre au niveau de la production… Le plus amusant c’est que les gamins sur les forums semblent apprécier.

G : Diriger un bateau comme ton Drakkar : cela demande beaucoup d'investissements ? Quelles seront tes prochaines productions ? Et comment se passent la sélection de ceux que tu décides de produire ? Finalement : as-tu des nouvelles fraîches de Grand Belial's Key et d'Altar of Perversion ?

N : C’est vrai que Drakkar Productions me prend beaucoup de temps. Cela me laisse très peu de place pour mes projets musicaux. Nous ne recherchons plus vraiment de groupes à produire. Il n’y aura donc plus de signature spectaculaire à l’avenir. Du moins, pas en 2007. Nous avons besoin de prendre une certaine distance avec ce milieu et je voudrais m’investir davantage dans mes projets musicaux.

G : Personne n'en a peut-être rien à branler mais tu es assez énigmatique pour moi et ta musique tout autant pour que je me pose la question qui suit : si ça te fait chier, je comprendrai que tu ne veuilles pas y répondre, mais j'aimerais savoir à quoi se résument tes principes ou ta philosophie de la vie ?

N : Je pense poursuivre une quête qui m’est personnelle. En fait, je ne pense pas être vraiment ambitieux. Je cultive ce besoin d’exprimer mes sentiments via mes projets musicaux. Je ne recherche aucunement la gloire ni même la reconnaissance. Je ne suis pas en guerre avec qui que ce soit, cependant, je suis plutôt du genre à me défendre de façon violente si on m’attaque. Construire dans la haine ou d’autres sentiments négatifs n’apporte rien de vraiment positif je pense. Je laisse toutes ces frustrations à toutes ces personnes qui prétendent détenir la vérité en se cachant derrière des principes communautaires dignes de l’église de Jewsus Christ.

G : Une question de fouille-merde ! Je n'ai jamais rien écouté de BlackSStorm mais nombreux sont les gens qui crachent dessus, comme l'autre groupe du split que tu as sorti sur ton label, Drakkar Productions. Que retires-tu de cette expérience et que penses-tu de ces critiques ?

N : Tu trouveras toujours des gens qui crachent sur les autres. Regarde ma personne, je pense être une des personnalités les plus détestées en France et pourtant… Les critiques et autres calomnies ne te touchent plus avec l’âge.

G : Politiquement parlant : comment vois-tu l'avenir ?

N : Je pense que M. Sarkozy sera le futur président de ce que fut la France. Madame Royal se présentera aux présidentielles et récoltera certainement moins de voix que Monsieur Le Pen. Bref, du grand spectacle en perspective.

G : Je te remercie d'avoir bien voulu répondre à mes questions.

N : Merci à toi Guudrath pour ton intérêt.

Posté le 30/11/2006 à 22h21 par Guudrath





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