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Entretien avec Nephtys et Hysphren d'Epheles (Epheles)

Epheles est un groupe de "l'underground black metal" : un groupe pas médiatisé somme toute. Comme il m'est devenu coutumier, je me suis penché sur cette entité avec plaisir et découvert un GRAND groupe. En effet, Epheles est un cas à part en France, de par sa richesse et son intelligence dans ses compositions. Le premier soutien à l'UG étant de donner la parole et d'en parler (avant l'achat de CD et les concerts !), voici ma rencontre avec deux des âmes d'Epheles : Nephtys et Hysphren...


Guudrath : Hail Nephtys ! Je suis tombé sur le nom d'Epheles il y a quelques temps, via une distro... et je n'ai lu qu'une interview récemment ainsi qu'une autre sur le site d'Everlasting... Je ne comprends pas : votre Black Metal est fabuleux et gigantesque, pourquoi parle-t-on si peu de vous ? Vous êtes-vous mis en marge ou vous dénigre-t-on ?

Nephtys : Le fait que l’on parle peu d’Epheles n’est pas plus mal, bien au contraire. Je pense que nous sommes un groupe à part aussi bien musicalement qu’idéologiquement et que peu de personnes comprennent notre trip. Mais bon, nous ne demandons rien à personne, nous ne faisons pas cette musique pour être les idoles des jeunes ou faire la une des magazines.

G : L'histoire d'Epheles me semble bien tourmentée... Quelle est-elle ? Que veut dire "Epheles" ?

N : C’est vrai que l’histoire d’Epheles a connu de nombreux chamboulements depuis sa création en 1997. Sans rentrer dans les détails, durant cinq années moi et mon frère de sang Malphas avons lutté ensemble jusqu'à ce qu’il quitte le groupe en 2002. Depuis, un bassiste, Dominiaz et un guitariste nommé Hysphren ont intégré la horde. Nous sommes désormais unis et assurons un retour des plus malsains. Pour ce qui est de la signification d’Epheles, c’est un démon qui provoque des cauchemars, il prend ses origines chez les anciens Eoliens.

G : On souffre avec ta musique et il me semble également avoir lu que ton lien à la Nature est très fort... Ton Black Metal - puisque tu composes toute la musique je crois - est-il le reflet de tes souffrances et l'expression de ton dégoût par rapport au traitement que subit la nature ? Le Black Metal est-il aussi un canal pour toi entre ce lien "mystique" à la terre et ta propre nature ?

N : Si l’auditeur "souffre" en écoutant Epheles, c’est une grande satisfaction pour nous, car c’est une des composantes de notre musique que nous voulons véhiculer. Notre musique est simplement le résultat de nombreuses années de haine et de souffrances trop longtemps emmagasinées, il fallait que ça sorte d’une manière ou d’une autre... Il est vrai que notre lien avec la Nature est très fort, nous y vivons, la vénérons et elle nous le rend bien. Mais le traitement que subit la Nature n’est pas un sujet en soi dans Epheles, la Nature est plutôt vue comme le seul lieu où nos âmes damnées ont trouvé une forme d’apaisement. Cela ne m’empêche pas d’avoir un profond mépris pour ceux qui ne la respectent pas. Mais tôt ou tard, tout se paye, et le jour viendra où Elle reprendra ses droits.

G : Je me trompe si je dis qu'Epheles réalise une musique, une oeuvre qui n'est plus simplement que de la musique, mais aussi un Art et un état d'esprit ? La musique d'Epheles est-elle plus encore que ce que l'on entend ?

Hysphren : Epheles est tout simplement l’histoire de nos vies. Une vie faite de haine et de souffrances. C’est une musique dédiée aux damnés et aux oubliés, elle est le reflet de ce que nous sommes, et nous permet d’extérioriser les pulsions maladives qui nous gangrènent chaque jour un peu plus. Quant à savoir s’il y a plus encore que ce que l’on entend, à vous de le découvrir...

G : Le Black Metal d'Epheles est très poussé, perfectionniste... Pourquoi ce besoin ? Pourquoi pas un BM à la Darkthrone ? Comment qualifierais-tu le style d'Epheles ?

N : Là encore c’est une façon de voir les choses. Que ce soit au niveau musical, visuel etc., rien n’est laissé au hasard dans Epheles. Tout est fait avec beaucoup de minutie, ce qui exige beaucoup de rigueur et de temps, mais si le résultat est à la hauteur, c’est une grande satisfaction. Nous ne sommes pas une machine commerciale qui sort un album par an, la qualité est toujours préférable à la quantité. Quant à savoir pourquoi ce style de Black, je dirais que nous n’avons jamais cherché à faire tel ou tel style, c’est venu de manière très naturelle, sans se poser de questions. J’aime beaucoup Darkthrone, et le son d’un Transilvanian Hunger par exemple, mais il ne nous correspondrait pas. Epheles a toujours été à part, notre musique ne se qualifie pas, elle se vit...

G : Votre musique est également un mélange savant de rythmes très nuancés (blast/ mid-tempo), d'ambiances déprimantes ou agressives... Vient-il des tripes ? Comment composes-tu ? Quelles sont tes inspirations ?

N : Notre musique est effectivement labyrinthique, riche avec beaucoup d’ambiances et d’atmosphères. Pour nous il est inconcevable de faire une musique plate, vide. Dans le processus de composition, encore une fois, tout est fait de manière naturelle. Il ne faut pas chercher le riff qui tue, il faut laisser venir l’inspiration. Les riffs les plus simples sont souvent les meilleurs. Quant à notre inspiration, nous la puisons dans les expériences que nous avons vécues au cours de notre vie, mais aussi dans SA force et SA beauté...

G : Que racontent les textes et dans quelle langue sont-ils écrits ? Est-ce toi aussi qui les écris ? Pourquoi des titres d'albums comme ceux des deux derniers ?

N : Nos textes traitent de la Mort, de la Haine envers le Mensonge, de la Souffrance, bref de choses qui ont à un moment ou à un autre marqué nos existences. Ils sont à la base tous écrits en français, car la langue française est suffisamment riche pour exprimer nos sentiments mais nous les traduisons aussi parfois en Latin, car nous aimons beaucoup le côté mystique et l’intonation de cette langue morte. Nous traduisons aussi certains textes en anglais afin que plus de personnes puissent entrer dans le monde d’Epheles. La plupart du temps c’est Malphas qui était à l’origine des textes, mais pour le nouvel album c’est moi et Hysphren qui avons rédigé les écrits. Pour répondre à ta dernière question, il y a toujours eu un côté mystérieux dans nos textes et titres, il en sera toujours ainsi. Nous aimons le fait qu’il y ait une certaine réflexion autour des titres et que les personnes qui les lisent puissent se faire leur propre idée.

G : Votre son est franchement bon ! Comment se sont passés les enregistrements de l'Ombre de la Croix et du Dernier Pardon ?

N : L’Ombre de la Croix fut enregistré chez moi à l’aide d’un 4 pistes. Nous avions beaucoup galéré à l’époque mais je reste très satisfait du résultat. Le Dernier Pardon quant à lui, fut enregistré au studio Tymix à l’aide d’un ingénieur du son et de Darkhyrys, leader de Diamond Eyed Princess (hail !).Il y a beaucoup de choses qui auraient du être différentes sur l’album surtout en ce qui concerne certains arrangements. Ce fut assez périlleux comme expérience, avec beaucoup de prises de tête, mais pour ce qui est du son, le résultat est malgré tout puissant et très satisfaisant.

G : Quelles sont vos influences musicales, vos références ?

H : Nous écoutons bien sûr beaucoup de Black Métal, surtout celui du début des années ’90, il est donc normal qu’à un moment donné certaines influences apparaissent. Mais dans l’ensemble, nous pensons avoir trouvé notre propre style, nous ne voulons pas être le clone de tel ou tel groupe. Mais nous n’écoutons pas seulement du Black Métal, nous apprécions également d’autres styles comme l’ambiant ou le Doom, les étiquettes ne nous intéressent pas, tant que la musique provoque en nous des sentiments de mal-être c’est l’essentiel...

G : Si un parallèle est à faire, que pourrais-tu dire sur les différences entre le public d'hier... et celui d'aujourd'hui ? Prévoyez-vous des concerts ?

N : Le public d’hier, je parle des années ’80, était selon moi plus dans un esprit métal, bières et fêtes, bref l’esprit rock’n’roll. Alors qu’aujourd’hui, le public est plus focalisé sur LA Musique en elle-même. Avant de faire un concert, il faut être au point, ce qui n’est pas notre cas actuellement. De plus, je ne suis pas convaincu que le style de Black que nous jouons se prête à la scène. De toute façon si cela doit se faire, il sera pour nous hors de question de jouer sur de vulgaires planches, le cadre devra être en parfaite symbiose avec la musique : sombre, froid et malsain. Une prestation en forêt serait l’idéal.

G : Quelles sont vos convictions : êtes-vous satanistes, paganistes ? L'idéologie est-elle importante quand on pratique un tel style musical ? Le NSBM vous inspire quoi ?

H : Nous avons nos propres convictions mais nous les jugeons trop personnelles pour les faire figurer dans une interview. Encore une fois, les étiquettes ne nous intéressent pas, Epheles n’est pas un moule à multi usage. Bien sûr qu’une idéologie est importante lorsque tu fais ce genre de musique, car nous ne faisons pas ça pour le fun... sans but ni convictions. Mais chacun est libre d’avoir sa propre idéologie. Nous n’imposons la notre à personne. Nous n’exigeons pas que les gens nous comprennent ou nous apprécient, simplement qu’ils respectent notre trip. En ce qui concerne le NSBM, je dirais juste qu’Epheles n’a rien à voir avec toutes ces dérives, notre musique n’est pas de ce monde...

G : A musique extrême : pensées extrêmes ? Quels sont tes modes de pensée et d'action ? Comment es-tu venu au Black Metal ?

N : Le mot extrême ne veut plus dire grand-chose à l’heure actuelle, c’est comme les termes true ou underground qui sont employés à tord et à travers et ont perdu de leur sens. La plupart de ceux qui utilisent ces termes en ignorent le sens profond et veulent se faire passer pour ce qu’ils ne sont pas pour en mettre plein la vue. Comment je suis venu au Black Métal ? Disons que j’ai toujours aimé tout ce qui est sombre, mystérieux, malsain, et ce depuis mon plus jeune âge. Pour moi, ce fut énorme de découvrir Mercyful Fate, Candlemass ou Hellhammer. L’évolution s’est faite de manière naturelle.

G : Parle-nous de ta région, des groupes que l'on y voit... Quels groupes retiennent votre attention ?

H : Nous avons peu de contacts avec d’autres groupes de la région donc nous ne pouvons pas trop juger. En revanche, il y a l’association Metal Resurrection qui organise des concerts de temps à autres et Hard N Heavy, une émission de radio métal qui se trouve dans notre région et qui existe depuis 1988. Cette émission est diffusée tous les samedis de 17 à 20 h, et animée par Gilles que nous saluons au passage. J’incite tous les groupes à le contacter pour une diffusion assurée. Contact : hnhmetal@aol.com

G : Quel regard portez-vous sur le metal extrême en France ? Quels sont les groupes français qui vous impressionnent le plus, tous styles confondus ? Que regrettez-vous ? Qu'attendez-vous ?

H : La scène française se porte très bien et nous pouvons en être fiers, car elle est une des meilleures d’Europe. Il fut un temps où les groupes français faisaient plus rire les pays étrangers qu’autre chose, mais je pense qu’actuellement les choses sont en train de bouger et que nous n’avons plus à rougir de notre scène. Bien sûr, nous sommes encore loin d’un pays comme l’Allemagne par exemple, surtout au niveau des organisations de concerts, festivals etc. mais le public n’est pas le même non plus. Nous avons de très bons groupes en France dont Nehemah , Animus Herilis qui sont des groupes vrais qui méritent reconnaissance. Globalement, je constate qu’il y a toujours plus de groupes qui pullulent de partout, il est donc devenu très difficile de faire le tri et de trouver de la qualité. Mais cet état de fait n’est pas propre à la France, c’est le cas un peu partout, quasiment chaque village a son groupe.

G : Qu'aimeriez-vous expérimenter ? Quelles voies seraient-il possible de vous voir explorer ? Quel peut être l'avenir d'Epheles ?

N : Epheles n’est pas un groupe expérimental. Pour nous il est hors de question d’intégrer des samples électro, des voix féminines ou autre chose. Epheles deviendra de plus en plus noir et malsain...

G : Avez-vous des projets parallèles ? Votre activisme dans le metal s'étend-il à d'autres domaines artistiques ?

N : Malphas édite un fanzine papier intitulé L’Antre Des Damnés dont le troisième chapitre devrait sortir en juin. Je conseille à tous les nostalgiques du bon vieux zine papier en noir et blanc de se le procurer.

G : Vos prochaines productions ? Avez-vous décroché un contrat avec un label ?

H : Nous travaillons actuellement d’arrache pied sur un nouvel album. Nous ne voulons pas donner de date de sortie, nous allons prendre le temps de bien faire les choses. Un split EP avec le groupe Todesstoss est aussi en prévision. Non, nous ne sommes chez aucun label.

G : Si tu devais choisir un pape : Marilyn Manson ? Abbath ? Nattefrost ? Barney Greenway ? Morgan Hakkansson ?

N : Je ne choisirai pas de pape et encore moins les personnages proposés, car je n’idolâtre personne. J’ai néanmoins beaucoup de respect pour Abbath et ce qu’il a fait avec Immortal.

G : Que penses-tu du téléchargement ? Qui cela tue-t-il ? Penses-tu qu’il existe une solution à ce problème ? Que penses-tu alors des gens qui se passent sous le manteau des copies de votre musique : est-ce valorisant ou est-ce une perte d’argent ? Finalement : copie et téléchargement ne font-ils pas partie d’un certain esprit UG ?

N : Le téléchargement est devenu un phénomène de société qui prend toujours plus d’ampleur. Le monde du Metal n’échappe pas à cette réalité. Je pense qu’il nuit malheureusement plus aux petits artistes du monde musical qu’aux plus connus. Il en va de même pour les labels. Après tout, les majors sont des rapaces qui retomberont toujours sur leurs pattes d’une manière ou d’une autre. Je trouve malheureux que ce soit les petits labels qui passent à la trappe, ceux qui proposent des artistes de qualité et qui évoluent dans le monde musical par passion non pour de l’argent. D’un autre côté, certains labels ne sont pas totalement innocents non plus, à force de proposer de la quantité au lieu de la qualité. C’est aussi une question de mentalité, de nos jours, les jeunes grandissent devant un ordinateur, on les familiarise très tôt avec cette sphère donc pour eux c’est devenu "normal" de télécharger. Après, cela dépend de la façon dont tu vois la chose, pour ma part je préfère m’acheter de temps en temps un bon album et l’écouter attentivement. Mais actuellement, la tendance est à la consommation, on amasse encore et encore, on nous gave avec tant de produits qui se suivent et se ressemblent, un peu comme dans un fast-food. De plus, on nous met tout sous la main pour avoir de la musique gratuitement, donc après tout il ne faut pas venir pleurer ! Mais dans le monde du métal, je pense, du moins j’espère, que la plupart des artistes ont conscience qu’ils n’en vivront pas et le font donc par passion non pour du pognon. En ce qui nous concerne, je trouve ça déplorable que l’on grave nos albums mais peu importe car nous ne faisons pas de la musique pour de l’argent. Copie et téléchargement n’ont rien à voir avec l’esprit UG selon moi. Les véritables défenseurs de l’underground achèteront les albums qui leur plaisent par passion, non pour amasser comme des esclaves de la consommation.

G : Tes derniers mots pour cette interview ?

N : Merci à toi et bonne continuation !

Posté le 14/05/2005 à 20h11 par Guudrath

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