 Ce troisième album met en lumière le talent du groupe qui, tout en préservant son identité, ne s’est pas cantonné dans sa façon. De prime abord, l’explosion baroque qui fonde l’esprit d’Anorexia Nervosa reste sauf en partageant ce nouvel opus avec une atmosphère assombrie.
Les compositions, toujours très harmoniques, développent leurs mélodies dans un registre aussi percutant que celles de Drudenhaus. Les guitares assènent leurs rythmiques si particulières et laissent s’envoler leurs soli sur un dense et obscur nuage de basse, support incontestable du bataillon sonore. Mais grâce à la maturité acquise, des enchaînements symphoniques et des ruptures de rythme de Ordo ab Chaos s’élève, plus étreignant, cet arôme évoqué, subtil, enivrant et destructeur du pourrissement des anges.
Cependant le progrès indéniable du groupe tient à des raisons plus prosaïques : une production très supérieure, façonnant les envolées lyriques des effets par touches successives et non plus en segmentant les titres. La puissance brutale des compositions s’est ainsi métamorphosée en une force magnétisante, sans porter préjudice à leur violence comme en témoigne Mother Anorexia.
Quelques effluves gothiques parachèvent l’insinuation de l’obscurité et du vice au travers des vocaux affirmés de paroles baroques au possible, tel Black, Death, Nonetheless. Ces dernières sont laissées à l’interprétation de chacun : transcription moderne du mythe de Salomé suggéré par la pochette et certains titres tels Stabat Mater Dolorosa, fabliaux noirs et romantiques aux morales perverses, passages autobiographiques écorchés...
Enfin, quelques défauts subjectifs seront irrémédiablement relevés : par exemple, l’insertion du prélude en ut mineur de Rachmaninoff qui n’apporte rien à la place qu’il occupe sauf la preuve que Xort est, à défaut d’un grand interprète, un bon pianiste. Pourtant, la séduction sans borne de ce nouvel ordre obscurantiste et les maîtrises acoustique, instrumentale, artistique qu’il révèle ne peuvent lui valoir qu’un seul titre digne : chef-d’œuvre.
Verdict :
|