 La dernière étape, ou l'intermédiaire si l'on veut. C'est avec Ravishing Grimness que Darkthrone pose la dernière pierre à sa légende et c'est après celle-ci qu'il en posera une nouvelle, s'orientant petit à petit vers le style si particulier qu'il pratique aujourd'hui. Il y a donc les fans de la première heure, qui ne voient le "vrai" Darkthrone que dans les trois premières releases – en 1992, 93 et 94 – d'autres qui "osent" y adjoindre Panzerfaust (95), Total Death (96) et peut-être celui-ci, Ravishing Grimness (1999). Certains, comme moi, comprennent que Darkthrone est toujours Darkthrone, et que le groupe suit une évolution normale, faisant autre chose. Il fallait s'y attendre, ils ont fait le tour de la question... Certains persisteront et resteront butés, pensant et crachant haut et fort que Darkthrone n'est plus Darkthrone, qu'ils sont des voyous, des vendus, qu'ils ne font plus du Black Metal. Ben oui. Quand vous changez de fringues, vous restez les mêmes non ? Ben eux c'est pareil. Les mêmes gars, avec les mêmes vieux sweats, les mêmes cheveux dégueulasses, des verrues, des jeans usés jusqu'à la corde et les perfectos indémodables, accrochés à leur bière comme des rapaces et à leurs vieux disques. Et encore.
Un conseil : si vous n'évoluez pas, si vous restez dans votre trip, consultez un psy. Néanmoins, ces deux Norvégiens savent mieux que quiconque ce qu'est Darkthrone. D'ailleurs, ils continuent à ce jour, vingt ans après leur formation, à perpétrer leurs méfaits... sous une autre forme. Bref. Ravishing Grimness est le dernier bijou des six purs albums de Black Metal de Darkthrone. Un disque un poil moins bon que le précédent, Panzerfaust, et encore plus engoncés par la lourdeur, le poids, la pesanteur que dévoilait ce fameux bazooka. Néanmoins, il mérite amplement que l'on se penche dessus, certaines pistes étant de vraies perles d'art noir ! Cela commence avec un Lifeless tirant vers le SM. J'adore. En effet, cette piste met tout de suite au clair et c'est le cas de le dire : à chaque nouveau disque, Darkthrone semble vouloir éclaircir un peu son son. Ce n'est donc plus produit dans le garage, sur une journée. Mais le timbre de Nocturno Culto, le grésillement "nécro" de ses cordes, ses riffs caractéristiques et la frappe de Fenriz n'ont pas changé. Juste le style. Effectivement, Ravishing Grimness montre avec plus de force une facette que l'on percevait sur Panzerfaust : le côté rock'n'roll de Darkthrone. Les couplets sont plus catchy, plus groovy, en mid-tempo, et plus vicieux (ça, ça a toujours été). Voilà donc un Lifeless de prime abord plus écoutable que ce que le groupe a fait jusqu'alors. Mais bon : comme je l'ai dit, ça reste du Darkthrone. Et ces petits coups de cravache que l'on entend sont les bienvenus...
On continue sur la lancée avec un The Beast du même acabit. Simple, efficace, lourd, et quelque peu maléfique. Cela est dû aux satanés riffs bien vicieux dont le blond de la bande a le secret. Ce titre, comme le précédent, a ce petit truc qui me fait dire que le groupe aime nous torturer sans le montrer. Genre : "on va vous la mettre au fond en douceur"... Vient ensuite LE hit de l'album, que j'ai écouté des milliers de fois : The Claws of Time. Un peu à l'image de Quintessence sur Panzerfaust. Linéaire, occulte, noir. Oppressant, pachydermique, cosmique aussi. Certainement la piste la plus Darkthronienne de l'opus. Accross the Vacuum hausse un peu le tempo, mais sans trop forcer. Lui aussi se révèle plus sombre que les autres et tout aussi menaçant et vicieux (un maître mot pour le duo). Malgré cela, il peut paraître répétitif. Le titre éponyme relève encore le niveau. Déjà, il est un tantinet plus dynamique. Il est également plus dépressif, plus charbonneux. Et fout carrément le moral à zéro, comme The Claws of Time. Bref, un très très bon titre, que j'ai aussi écouté un nombre incalculable de fois. C'est alors à To The Death (Under the King) de clore cette release longue de près de trente-huit minutes. Cette track est plus catchy que les autres. Elle ferme cette oeuvre aux multiples dégradés, sur une pointe un peu Punk, plus chaotique, plus bourrine. C'est un titre étrange, qui donne un bon aperçu de ce que sera le Darkthrone des années 2000...
Au final, Ravishing Grimness met en lumière un Darkthrone se faisant plus posé, plus lent, sans pour autant perdre sa personnalité. Il se fait également plus accessible également. Peut-être une influence de Satyr, à l'époque. Ravishing Grimness pourra rebuter de par son côté monolithique et moins "True" Black Metal. Mais les compos restent fantastiques...
Verdict :
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