 La mythification de Darkthrone a certainement tenu au fait que, plus que tous les autres activistes du True Black Metal, ses membres ont catégoriquement refusé durant les années 90 de prostituer leur style si cru à quelque modération ou accessibilité musicale. Pourtant, en 1999, Ravishing Grimness amorçait un virage identitaire et marquait déjà une entrée périlleuse pour l’essence du groupe dans le carcan de la propreté sonore duquel Plaguewielder n’a pu s’échapper.
D’emblée, la production pointue a métamorphosé le son de guitare de Nocturno Culto : son grésillement ne démontre plus l’agressivité de Total Death et ses sonorités métalliques n’établissent que modérément l’atmosphère captivante de Under a Funeral Moon. La batterie essaime toujours les claquements de cymbales pour équilibrer le pouvoir souterrain de la basse mais se fait également plus lourde et sensiblement claire. Le tempo lent renvoie aux titres de PanzerFaust dont les rythmiques Heavy, abandonnées sur les albums suivants, réapparaissent par allusions au détour de Sin Origin.
Certaines mutations procurent pourtant de la force à cet opus ; ainsi, les riffs répétitifs, s’ils sont moins entêtants que dans les précédentes compositions de Fenriz, évoluent plus librement pour prévoir les mouvements du rythme. Les accélérations impromptues, déjà utilisées sur Ravishing Grimness, relancent régulièrement l’activité énergique de Weakling Avenger et de Command. En outre, ces ruptures de rythme fréquentes mettent en relief les compositions encore linéaires, même si elles ont perdu leur effet hypnotique.
Paradoxalement, Plaguewielder ne bénéficie pas du son pestilent qui a défini Darkthrone durant une décennie : si l’esprit ne s’est pas tout à fait étiolé, la forme de son expression a entièrement égaré son mystère dans la clarté sonore. De ce fait et malgré l’intronisation de compositions fortes, il déroutera et décevra certainement les inconditionnels des précédents albums.
Verdict :
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