 Chaque groupe de Black Metal a, une fois dans sa discographie, fabriqué un album mystique. C'est dans ces moments où les tripes servent de cordes aux guitares que de tels chefs-d'oeuvre sont composés. Tout simplement parce que la musique transcende les émotions et que cela requiert un état de conscience modifiée. Créer de telles oeuvres nécessite un abandon total et une fidélité à quelque chose d'innommable, quelque chose qui guide vos doigts sur le manche de bois, quelque chose qui vous dit de frapper tel fût à cette vitesse... Finalement, on sait que l'on met le doigt sur ce que l'on cherche... Darkthrone a posé à jamais LA pierre fondamentale du Black Metal et je n'ai jamais trouvé une oeuvre musicale de cette hauteur. Même Immortal n'a pas fait mieux. Je me souviendrai toujours de ce que Nocturno Culto a dit à propos de A Blaze : "Nous avions répété et répété ensemble dans une maison, en forêt, pendant des semaines, nous imprimant de cette noirceur, loin des hommes...". C'est ce que l'on comprend sur cet album de légende.
Under a Funeral Moon possède une aura maléfique et une pesanteur digne des ténèbres chéris par tant de légions de musiciens du mouvement. L'opus se joue des rythmes, tantôt rapides tantôt plus lents et n'est constitué que de hits. Il débute avec l'immense et furieux Natassja in Eternal Sleep. Les paroles "Alcohol in my veins/Tears fall as I think of you/The true memory you left me with/is a key to the wine of melancholy" sont devenues mythiques. Le zénith est atteint dans To Walk the Infernal Fields... Un couteau dans la chair ne ferait pas mieux : ce titre est insurpassable. Il me submerge, il m'étouffe ou m'égorge. Lourd, lent, il est proprement transcendant et jamais une chanson ne m'aura autant touché si ce n'est A Perfect Vision of The Rising Northland d'Immortal. Il est empreint de mélancolie, de tristesse et de rancoeur. Répétitif, barbare néanmoins, il semble même interminable. Vient ensuite, l'éponyme Under a Funeral Moon, commençant merveilleusement sur un riff maléfique, la voix hurlante se posant en décalé pour nous surprendre. De plus il est monstrueusement catchy. Un régal de Black Metal, véritablement jouissif quand rejoué en concert ! Le titre suivant est, lui, une boucle rejouée constamment. La guitare grésille et la basse ronronne fortement. La batterie en devient sourde. La chanté-parlé se pose à intervalles distants... Magique. Crossing the Triangle of Flames clôt l'opus d'une manière magistrale, nous achevant l'esprit et les boyaux de tout ce que le mot "Darkthrone" veut bien dire... Ces quelques exemples sont la preuve du génie des auteurs pour un album en tous points parfait. Prenez quelques bières et allez la nuit, en forêt, sous une lune funèbre pour contempler un monde endormi dans ses cauchemars. "I am The Fist/ In the face of God" !!!
Verdict :
|