 Et bien je commencerai ma chronique en disant que j'ai été surpris en appuyant sur le bouton "Recherche" de n'avoir rien trouvé sur cet album. J'annonce la couleur d'entrée : ma chronique sera tout sauf objective, cet album étant un objet de culte à mes yeux (c'est dire si je l'aime et s'il représente quelque chose, je l'ai écouté au bas mot plus de 200 fois et sans exagération...).
Mais cependant, il faut se remettre dans le contexte de l'époque, nous sommes en 1993 et cet album est autant atypique dans le black métal que dans la discographie de Satyricon. Satyr n'avait que 18 ans lorsqu'il composa Dark Medieval Times et son génie se fait vraiment sentir tout au long de l'album, par l'ambiance grandiose qu'il a réussi à créer. En effet, à eux 2, "Dark" et "Médiéval" résument parfaitement l'album. Une alternance parfaite entre un black malsain et des passages acoustiques qui certes sonnent médiéval mais pourraient aujourd'hui rappeler certains groupes de Pagan/folk black métal et c'est en cela que je trouve que l'album est un précurseur du genre quelque part. De plus toutes les mélodies sont magnifiquement étayées par des claviers (se posant la plupart sur les breaks, appuyant et renforçant les riffs de guitares déjà terriblement efficaces) aux notes envoûtantes (et ce, bien avant In the Nightside Eclipse de Emperor et je vois là encore des éléments précurseurs de ce que sera le black métal par la suite...), de plus toutes ces influences médiévales communes aujourd'hui l'étaient bien moins en ces temps là et c'est ce qui me fait dire que l'album est vraiment atypique pour l'époque ! La basse se fait discrète et la batterie est parfaitement en rythme avec les guitares cristallines proposant des riffs très froids sachant mêler mélodie et agressivité et sonnant plutôt "raw", tout cela entrecoupé de passages acoustiques à la flûte, guitare acoustique et claviers donnant une dimension supérieure à l'album.
A noter que les paroles de l'album (bien que compréhensibles sur certains titres) sont aujourd'hui introuvables, souhait du sieur Sigurd Wongraven aKa Satyr ! De plus cet album fut le premier à paraître sur Moonfog, le label de Satyr et je pense que tout cela a son intérêt dans la mesure où cela accroît l'importance de cet album (tant aux yeux de Satyr que sa place dans le black métal) ainsi le fait qu'il soit culte pour pas mal de monde...
Bien, le 1er titre (Walk The Path Of Sorrow) donne le ton de l'album. L'intro de 1 minute et 41 secondes (elle me rappelle par moment la BO sombre et inquiétante du seigneur des anneaux parfois) nous aspire dans le royaume des ténèbres, seulement faite de claviers et de percussions, l'ambiance commence à s'assombrir au fur et à mesure que l'on progresse (telle une marche funèbre s'accélérant sans cesse) jusqu'à l'apparition des guitares d'une agressivité sans nom, tout cela soutenu par une batterie bien en rythme sur une double pédale niquel et des claviers envoûtants bien utilisés... Et là, à 2 mins 26 Satyr commence son hymne à la guitare acoustique nous transportant dans ce monde médiéval qu'il a voulu retranscrire mais ce n'est que de courte durée puisqu'à 3 min 17 le rythme reprend de plus belle et Satyr commence ses invocations démoniaques sur un timbre de voix écorché vif... La totalité du morceau est construite ainsi, alternant passages de furie et passages acoustiques atmosphériques claviers/guitares (acoustique ou non)... Frost propose parfois des breaks énormes émergeant d'une autre galaxie faisant halluciner l'auditeur, un jeu magnifique en harmonie avec la partie mélodique. Un titre de toute splendeur pour laisser place à une perle de l'album !
Je veux bien entendu parler de Dark Medieval Times le titre éponyme de l'album. Le début sonnant très primaire nous propose des riffs old school d'une profondeur assez exceptionnelle, tout en sonnant très "raw" avec Frost suivant le tout avec un feeling à l'égal de son talent. Puis à 1 min 54 arrive la partie la plus accrocheuse du morceau, des riffs simples mais terriblement efficaces. La majorité du morceau se fait sur un rythme mid-tempo laissant souffler l'auditeur et l'envoûtant toujours plus dans ce monde médieval que Satyr nous fait parvenir. La voix de Satyr est tout bonnement parfaite, parfois effacée (en fond) sur ce morceau, les riffs continuent de plus belle jusqu'à ce que le premier passage acoustique/folk apparaisse à 1 min 38 : une guitare acoustique magnifiquement étayée par une batterie avec un feeling sans nom (merci Frost, la manière dont sonne sa ride cymbale est énorme) avec un arrière fond de vent soufflant et sifflant comme seul un vent du nord sait le faire. Puis à 4 min 20 le morceau prend une tournure des plus agressives, gros blasts, riffs de guitares rapides... Cette alternance entre passages folk aux mélodies enchanteresses ne fait que torturer l'auditeur un peu plus dans sa vision envoûtée de la musique. Après cette lourde agressivité, un nouveau break folk apparaît à 4 mins 46 où cette fois la batterie cesse mais un morceau de flûte s'ajoute à la guitare acoustique rajoutant une dimension mille fois supérieure au morceau, le tout est tout simplement magnifique et une fois encore l'alternance des passages se fait sentir à 5 min 46 mais cette fois cela se fait moins agressif, on repart sur des riffs mid-tempo (reproduisant alors le morceau de flûte joué précédemment), avec une rythmique en béton collant parfaitement à la musique et puis encore un passage acoustique à 6 min 23 et là surprise, disparition de la guitare acoustique au profit d'un clavier qui n'est pas en reste, la flûte donnant toujours cet hymne joyeux et envoûtant. Et comme d'habitude ça repart de plus belle à 6 min 55 jusqu'à ce que l'outro se fasse sentir vers les 7 min 20 avec un son de flûte crescendo répétant sans cesse les mêmes notes jusqu'à ce que le son disparaisse au loin dans les contrées moyenâgeuses de Satyr. VOUS N'EN SORTIREZ PAS INDEMNES !!!
La suite s'enchaîne avec Skyggedans, restant dans un registre mid-tempo avec une batterie qui se fait moins sentir sur certains passages mais qui joue ici en contre-temps avec les guitares lorsque la caisse claire se fait retentir, jusque là pas de flûtes ou de guitare acoustique, seulement des riffs bien sentis, bien tranchants comme sait nous le préparer maître Satyr, "chantant" toujours sur un timbre de voix abominable, comme s'il prenait plaisir à nous trancher les oreilles, ainsi que Frost tapant parfois sur une bonne crash qui se fera entendre de vos oreilles. Mais bon, il fallait bien que ce riff surpuissant s'arrête, et à 1 min 17 Frost annonce la suite sur son tom floor : des riffs de grattes en fond sur des mélodies au clavier tout aussi envoûtantes que sur le 1er titre de l'album mais cette fois un tantinet plus sombre, la voix s'accordant toujours parfaitement avec la musique. Mais à 1 min 49 la guitare acoustique fait son come-back et nous joue une petite mélodie appuyée par un son de gratte et une bonne crash cymbale sur la toute dernière note, après que ceci se fut joué 4 fois, le morceau repart un tantinet plus agressif à 2 min 05, la voix de Satyr fait presque peur et sonne vraiment "evil", Frost enchaînant des jolis passages à la batterie, toujours avec un feeling extraordinaire, époustouflants, un long riff joué mid-tempo qui ne fait que nous satisfaire davantage... Par contre à 3 min 27 rien de va plus, batterie et guitares continuent leur manège mais on peut remarquer le clavier jouant lui aussi à son tour en contre-temps (comme la batterie au début) ce qui a pour but de se faire entendre, sonnant comme une cacophonie magnifique, puis le morceau se termine sur un joli son de gratte appuyé par une note au clavier.
Histoire de laisser souffler l'auditeur, Satyr nous propose à la moitié de l'album le titre Min Hyllest Til Vinterland composé uniquement de guitare acoustique (légèrement appuyé de clavier) sur un fond de vent soufflant et sifflant dans les fjords norvégiens du temps des rois d'antan ! A noter que ce morceau est une reprise de Min Hyllest Til Vinterland paru la même année sur la démo/split Satyricon/Enslaved: The Forest Is My Throne/Yggdrasill, cependant le morceau est bien mieux maîtrisé ici et la production est bien meilleure. Comment décrire cette musique ? Impossible, un mot : énorme. Satyr nous laisse entendre sa voix à 1 min 33 (ce qui se fait rare sur ce titre) sur un timbre clair mais terriblement grave et effrayant sur un fond de clavier et de vent glacial qui donne le ton à l'ambiance (passez ceci en pleine canicule et je vous garantis que la température de votre corps chutera aussitôt)... tout le morceau se constitue ainsi, une touche d'originalité de plus sur cet album et je considère ce titre comme pièce maîtresse de l'album au même titre que toutes les autres chansons d'ailleurs !
Trêve de repos mes amis, l'appel de la forêt (récurrent chez Satyricon décidément...) est là: Into The Mighty Forest ! Un accord est donné au clavier puis vient ce que je décris toujours à mes amis quand je le leur fais écouter: LE son de gratte qui t'éclate les oreilles, en effet dès le début on s'aperçoit que les guitares se font toujours plus cristallines et sur l'intro les tomes floors de frost donnent un côté "tribal" au titre, nous transportant directement dans la trance d'une danse de la forêt imaginée par Satyr. Puis à 43 secs un petit coup de guitare acoustique se terminant sur la dernière note par un gros son de gratte (qui t'éclate les oreilles) suivi de gros blasts à la batterie (bien effacée sur ce titre au profit des guitares ultra saturées), bref de la tuerie, puis la suite se fait en passage mid-tempo appuyé par de légers claviers, le changement de tempo survient souvent et Satyr a une voix des plus écorchées qu'il ait pu donné... Puis à 1 min 17 un autre léger passage à la guitare acoustique qui va permettre au morceau de se lancer véritablement: une batterie en fond qui se donne à fond (je fais même des rimes), la voix de Satyr nous arrachant les oreilles au même titre que les guitares encore ultra saturées (et le son est sale ce qui vient renforcer l'ambiance) mais cette fois-ci des claviers viennent se poser pour renforcer le tout (de la même manière que sur le 1er titre de l'album) et à partir de 3 min 10 les claviers jouent par dessus la furie sonore, des arpèges vraiment bien placées et utilisées sur le morceau, permettant parfois à Satyr de hurler un bon coup. Les claviers continuent toujours leur manège sur fond écorché de guitare mais à 4 min 15 le clavier va donner la mélodie de ce que sera le prochain riff de guitare qui commencera quelques secondes plus tard en mid-tempo extrêmement bien exécuté et suivi par Frost à la batterie ne délaissant pas son feeling, ajoutant parfois des coups de floor tom toujours dans cette optique de renforcer le thème de la forêt. Le morceau continuera jusqu'à la fin en mid-tempo, usant de riffs tous plus efficaces les uns que les autres. Into The Mighty Forest dégage pour moi la même puissance et la même profondeur au niveau de l'ambiance que Dark Medieval Times, un titre une fois encore ENORME !!!
L'album suit donc avec le 6e titre: The Dark Castle In The Deep Forest qui pour moi représente une continuation de Into The Mighty Forest en ce qui concerne le thème de la forêt et la composition du morceau. Dès le départ Frost donne un bon coup de china et Satyr nous lâche un cri effroyable et ca repart encore et encore héhé, rythme rapide à la guitare, batterie en fond, riff accrocheur, voix fantomatique et effacée de Satyr : tous les éléments nous rappelant l'ambiance sombre et froide des châteaux forts. Puis au bout de 55 secs, un long passage aux claviers se fait sentir, vraiment sombre et plus qu’envoûtant, puis la gratte lâche un bon accord tenu de longues secondes puis la batterie se fixe à son tour sur le riffs de guitare ! Tout est progressif ici puisque ça partira en blast peu de temps après puis cela fait decrescendo avec un rythme cette fois ci mid-tempo qui s'en suivra à la 2e minute d'un passage vraiment "evil" avec uniquement la guitare et un son de vent (soufflant dans les arcs sombres et ténébreuses du château dans la foret !) ainsi que Satyr chantant sur un timbre de voix ultra grave, maladif et torturé. Et comme nous somme dans un titre progressif, cela repart avec la batterie qui s'ajoute sur le même riff toujours joué. Puis on repart dans un registre mid-tempo avec la batterie qui suit toujours merveilleusement bien ainsi que Satyr se faisant toujours plus fantomatique tout le long du titre. A 3 min 22 les guitares reprennent sur un rythme assez rapide suivies de près par la batterie et le tout s’accélère lentement et progressivement jusqu'à arriver à un gros blast. Un break à la gratte et Satyr marmonnant toujours les mêmes incantations puis la furie sonore repart encore et toujours. La suite du morceau est exactement la même, passages progressifs, passant de lent à mid-tempo avec ajouts d'instruments jusqu'à arriver à de bons blasts toujours sur des riffs de guitares vraiment accrochants, le tout étant étayé de temps en temps par de légers claviers à peine décelables ! La fin du morceau est vraiment maladive, la guitare étant sur une gamme mineur sonne "raw" black dépressif au possible (rappelant toutefois Darkthrone sur certains riffs de ce morceau d'ailleurs...). Bref pour un titre que je trouve peu digne d'intérêt j'ai eu pas mal de choses à dire. Peut-être simplement parce qu'il est tout aussi génial que les autres morceaux et qu'il faut savoir l’apprécier. The Dark Castle In The Deep Forest, un grand moment dans cet album apportant sa touche d'originalité et se basant sur des rythmes et une structures progressives accrochante au possible, le tout est encore de le déceler tout comme les claviers, sombres comme il n'est pas permis de le dire, MAGNIFIQUE !
Et pour terminer : Taakeslottet. On ne pouvait trouver mieux pour clore un album tel que Dark Medieval Times. Un bon cri dès le départ et la rythmique est donnée: vraiment particulier, très sombre, très noir à la fois très lent et très rapide. L'harmonie qu'offre le jeu fabuleux de Frost et de Satyr donne un résultat tout aussi gratifiant que surprenant. On a l'impression d'entendre le même riff tout le long du morceau. Le début est très rapide et offre un bon moment de furie sonore avec une double pédale parfaitement audible puis vers les 20 secs un passage grave et sombre aux claviers va donner l'introduction au rythme ultra noir qui constituera la suite du morceau. La voix de Satyr est limite chuchotée, les guitares sont très accrocheuses comme toujours, Frost utilise pas mal ses floors toms comme pour ajouter un côté toujours plus grave et sombre au morceau, une vrai splendeur. Ce riff qui continue sans cesse, qui vous trotte dans la tête toute la journée, on ne peut être que littéralement captivé par ce morceau. Puis à 2 mins 03 le son de la guitare s'accélère et la suite continue avec une batterie rapide mais pas bourrine, tout est vraiment parfait, Satyr usant toujours de la même voix chuchotée, effacée et fantomatique !!! A 2 mins 59 Frost enchaîne des triolets sur sa caisse claire qui vont donner lieu à un nouveau type de rythmique encore plus déjanté et magnifique le tout étant très légèrement parsemé de claviers en fond. A 3 min 36 se fait entendre la chose la plus triste qu'il m'eut été donné d'écouter sur cet album : un court passage à la guitare acoustique sonnant ultra médiéval avec des influences hispaniques (à mon goût, du moins dans la sonorité), ce passage se termine par un bon coup de gong qui va laisser place au dernier rythme du morceau. Frost assure vraiment d'un point de vue rythmique, le son de sa ride est unique, tout s'accord parfaitement, tout est carré, propre, maîtrisé etc... le riff de fin est prenant au possible, on ne peut plus s'en séparer au point que l’arrêt du morceau est une véritable torture. A 5 min 13 Frost enchaîne de nouveaux passages sur sa caisse claire par dessus le même riff de guitare toujours lancinant, le son se fait de plus en plus lointain et là le morceau s'arrête (à dire sur le même ton que: "et là, c'est le drame") parce que oui, c'est un drame. Taakeslottet vient de se terminer ainsi que Dark Medieval Times. J'espère que vous avez bien profité du voyage parce que vous ne l'oublierez jamais une fois que vous avez pénétré intégralement dans cet univers qu'a conçu Satyr spécialement pour nos oreilles métalliques. ENJOY !!!
En plus d'être atypique Dark Medieval Times est véritablement avant-gardiste et laissera une profonde trace dans l'histoire du black metal, devenant mythique voire culte pour certains. Bien que Satyricon prendra une orientation différente par la suite, Satyr ne laissera pas tomber le coté "médiéval" qu'il avait réussi a créer, la preuve en est avec son projet parallèle: Wongraven, montrant encore une fois la preuve de son génie démentiel avec l'album (unique dans la discographie) Fjelltronen.
Bref, cet album possède une ambiance sublime et unique qui ne vous laissera pas de marbre (si elle vous prend elle ne vous quittera plus jamais), il a autant sa place sur le trône des plus grands au même titre qu'un Emperor ou un Darkthrone de l'époque. Un classique indispensable pour tout fan inconditionnel de black metal !
Ma joie est immense à chaque écoute de ce CD (je rentre limite en trance...) et j'espère vous l'avoir fait partager avec ma chronique.
Verdict :
|